CANADA // L’hiver canadien, c’est comment ?

Et alors, c’est comment l’hiver canadien ? Voici l’un des plus grands mystères de la Création, l’un des secrets les mieux gardés de l’Univers : apparemment, personne ne sait ce que c’est que vivre un hiver canadien, car tout le monde, Français ou Canadiens, Belges ou Mexicains, Japonais ou Suisses, veut le savoir. L’omerta règnerait-elle au pays de l’hiver ? Je vais donc vous faire une immense faveur et vous révéler enfin ce que c’est que de survivre à un hiver canadien. On a vu des têtes mises à prix pour moins que ça.

L’hiver canadien, c’est long

Une fois le bel automne terminé aux alentours d’Halloween, parfois dès mi-octobre, la végétation entre en hibernation et les premières neiges arrivent vers le 10-15 novembre. L’hiver est souvent bien là dès fin novembre, et se poursuit jusqu’à la fin avril bien tassée. L’hiver ici, ce n’est pas un sprint mais un marathon, car il faut tenir la longueur sans s’essouffler, surtout une fois la magie des fêtes passée, quand on se retrouve en tête-à-tête avec le froid sans le soutien moral des guirlandes lumineuses et autres festivités qui réchauffent les cœurs.

De toute façon, les décos de Noël, dans le blizzard…

Le vrai défi, ce n’est pas de tenir jusqu’à la fin février. Ça, tout le monde peut le faire. Décembre janvier février, c’est du gâteau : on s’amuse dans la neige, l’hiver déploie ses banderoles bleues et blanches, tout est frais et neuf. La dernière ligne droite, elle dure deux mois, en mars et avril. C’est là que tout se joue, que tout peut craquer, que l’on se prend des envies d’aller s’installer au Mexique. Le printemps n’est qu’une chimère, on passe directement de l’hiver à l’été dans des torrents de neige fondue et d’humidité brune sous un ciel gris. L’hiver canadien, ce n’est pas résister à la neige. C’est tenir mentalement face aux amis restés en Europe qui crânent sur leur terrasse au soleil quand on est encore enfouis sous dix couches de vêtements, c’est se dire que rien n’est joué quand arrive le 1er mars, c’est faire preuve d’endurance. L’hiver canadien, ça forge un mental.

Parce que le 15 avril, nous on n’est pas les doigts de pied en éventail sous les cerisiers en fleurs, non.

L’hiver canadien, c’est froid

Et pas à moitié. Si on peut connaître des hivers cléments, cette notion est toute relative et flirte toujours avec de petits températures négatives. L’hiver canadien, le vrai, il défrise les moustaches et gèle les naseaux, il cristallise le souffle et brûle les poumons. L’hiver canadien, il décide quelque part courant décembre qu’il se trouve bien aux alentours de -10°C, et il y reste jusqu’en mars. Janvier et février sont particulièrement en forme et peuvent descendre bien plus bas, aux alentours de -20°C. Et tout ça, c’est sans le vent piquant, glaçant, vivifiant, terrifiant, ce vent omniprésent qui hurle son mécontentement et pousse à rester dedans. Il ne peut y avoir qu’un seul souffle, et celui du vent te fera perdre le tien.

Pour l’anecdote, saviez-vous que Moncton se classe au sixième rang des villes les plus enneigées du Canada, et décroche tout bonnement le haut du palmarès en termes de nombre de jours de chute de neige de plus de 25 cm. Voilà une statistique que je suis contente de connaître, elle explique pas mal de choses.

Notamment le fait qu’en février 2015, on a eu de la neige jusqu’à la moitié des fenêtres de notre demi-sous-sol..

L’hiver canadien, heureusement, c’est aussi de bons manteaux vraiment chauds, de bonnes chaussures vraiment épaisses, du matériel vraiment adapté et pas un pauvre t-shirt en coton à manches longues qu’on te vend comme un « pull léger ». Ici, on a des vrais gros pulls, des vrais bonnets, on sait ce que des moufles chaudes veulent dire. Étrangement par contre, une « bonne isolation », c’est très aléatoire et il faudra souvent faire un choix : qui de tes finances ou de ton confort veux-tu sacrifier sur l’autel d’une maison gelée ?

Et par « maison gelée », j’entends LITTÉRALEMENT.

L’hiver canadien, c’est beau

Seule stratégie de survie : se jeter à corps perdu dans l’hiver, et osciller entre les deux seules activités qui restent possibles : profiter de la neige ou se blottir au coin du feu. La déprime n’est pas une option. L’hiver canadien, c’est une féerie de neige qui s’installe pour ne plus repartir pendant quelques mois, changeant de couleur chaque jour mais ravivée régulièrement plus blanc que blanc. C’est un chocolat chaud qui ressuscite le corps après une balade qui laisse les extrémités glacées.

Et si c’est dans un café à chats, c’est encore mieux.

L’hiver canadien, c’est la chute indolente des flocons inoffensifs, paisible et douce, qui se transforme en marée de blanc une fois le matin venu. C’est la joie de se blottir sous un plaid, de prendre un bain chaud. De voir le soleil, ce soleil si présent quand la neige calme ses ardeurs, le soleil qui surgit impatiemment sitôt la tempête repartie, la flaquant presque à la porte, ce soleil glacé qui ne réchauffe rien sauf l’âme.

L’hiver canadien, c’est l’assaut de flocons comme des couteaux sous le blizzard, dont les bourrasques opaques nous rappellent que l’environnement est seulement domestiqué, pas totalement apprivoisé. L’hiver canadien, c’est la joie de marcher dans la poudreuse après une tombée de neige, de pénétrer dans un pays de contes de fées, de vivre dans un autre monde l’espace de quelques mois.

L’hiver canadien, je l’aime.

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15 thoughts on “CANADA // L’hiver canadien, c’est comment ?”

  1. J’ai trouvé tellement difficile la piqure du froid dans l’hiver de Minneapolis… je crois que je ne pourrais pas tenir si longtemps!

    1. Audrey

      On s’y fait ! Le tout pour moi, c’est vraiment de rester actif et de ne pas se morfondre chez moi… sinon c’est la déprime assurée, et mon corps refuse le froid extérieur. Tandis qu’en passant du temps dehors, je m’habitue et je deviens moins frileuse.

  2. Je savais bien que cet article allait me plaire !
    Merci. Je le partagerais dorénavant à ceux et celles qui me posent la question.

    Pour moi le pire c’était avril. La pluie. L’humidité. Le 0 degré qui ne veut jamais, jamais, augmenter. Ce foutu mois je l’appelle l’hiver parisien. Pour dire à quel point je ne l’aime pas.

    Mais je préfère mille fois pouvoir vivre 5 mois d’hiver canadien et 1 mois d’hiver parisien que 2 mois d’hiver parisien.

    1. Audrey

      L’hiver parisien ! C’est exactement ça ! Quand on me demande à quoi ressemble l’hiver en France, je réponds « au mois d’avril ». Et les gens font une grimace de douleur 😀

  3. c’est décidé je viens m’installer chez vous 🙂 je préfère tellement le froid et le vent à la chaleur et la transpiration … le pire étant quand même l’hiver pluvieux sur la côte ouest de la France, où ton nez fait concurrence à la moindre gouttière !

    1. Audrey

      L’hiver ici nous donne malgré tout des envies de chaleur… Mais neige et soleil, c’est quand même le combo parfait si tu veux mon avis (avec un chocolat chaud et une raclette derrière !). Au moins dans le Jura, tu dois avoir de vrais hivers !

  4. Là tout de suite, je me sens mesquine à râler contre l’isolation de mon ancien appart de banlieue parisienne !! Il faisait humide, certes, mais la neige à mi-fenêtre c’est autre chose !! Merci pour ce beau partage, j’espère pouvoir vivre cette expérience un jour. Et courage jusqu’en avril !! Le WAT risque de te faire un choc thermique 😉

    1. Audrey

      Oui j’en ai déjà des sueurs froides : avril en France, ça ressemble à quoi, déjà ? On est en manches courtes ou non ? Short sandales ou imperméable ? Un point météo sera de mise avec mes informatrices préférées (= vous toutes).
      Après pour la neige, c’était une fenêtre basse, mais on était bien dans un ambiance igloo : il est tombé plus de 5 mètres de neige cet hiver-là (notre tout premier : un beau baptême du feu/de glace !). Cela dit, l’humidité c’est atroce, j’aime cent fois mieux la neige.

  5. prohuis

    Thanks a lot for the post.Really thank you! Much obliged.

  6. Ben moi, l’hiver canadien, je l’aime avec toi et tes photos, tes mots ensorcelants et bien au chaud avec le soleil sur le visage aujourd’hui en Bretagne! hihihi
    C’était beau de te lire et de le vivre à travers toi. je ne suis malheureusement pas sûre de pouvoir un jour survivre 6 mois à un hiver canadien mais quelques temps pour profiter de la neige, pourquoi pas, franchement? Bien emmitouflée, ça me plairait presque!

    1. Audrey

      Bien emmitouflée, c’est la clé ! Il paraît d’ailleurs qu’il fait un froid polaire aujourd’hui en France, j’espère que tu es bien au chaud ! Un bon équipement, c’est la clé pour aimer l’hiver (et de la neige. Sans neige, pas de bel hiver !).

  7. Salatprynz

    Audrey, thank you for your blog post.Really thank you! Awesome.

    1. Audrey

      My pleasure really 🙂

  8. […] continent, c’est presque tout reprendre à zéro, même les évidences les plus totales. Pour l’hiver, pas d’ambiguïté : il fait froid, on peut compter sur la neige du 10 novembre au 10 avril. […]

  9. […] grisaille et bascule dans l’hiver européen, gris et face, ou sert de préambule à l’hiver canadien, plus riche en émotions. L’automne n’accepte pas l’inattention, il impose […]

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