CANADA // La cabane à sucre, le rituel du printemps

Déménager, c’est changer de repères, je l’ai souvent dit. Changer de continent, c’est presque tout reprendre à zéro, même les évidences les plus totales. Pour l’hiver, pas d’ambiguïté : il fait froid, on peut compter sur la neige du 10 novembre au 10 avril. Mais qu’est-ce qui annonce l’arrivée du printemps ? Les petits oiseaux, les bourgeons, les jours qui rallongent ? Au Canada, un signe immanquable de l’arrivée du printemps est la grande transhumance vers la cabane à sucre, pèlerinage chéri des régions acéricoles afin de vénérer le saint sirop d’érable. La visite à la cabane à sucre, c’est l’activité à ne pas manquer pour fêter avec soulagement la fin de l’hiver et célébrer le printemps qui s’en vient doucement.

Le Canada est le premier producteur au monde de sirop d’érable, et ses érables à sucre sont l’occasion d’une sortie de saison des plus délicieuses. En 2017, pas moins de 152 millions de livres (76 000 tonnes) de sirop d’érables sont produites, majoritairement expédiées vers la Chine et le reste du monde… Heureusement, il en reste pour les gourmands. De nombreuses érablières proposent leur propre cabane à sucre pour faire profiter aux gourmands des produits du terroir.

« Tire d’érable et douceurs », quelle belle invitation !

Le temps des sucres court de la mi-mars à la mi-avril, selon les régions. Pour sentir leur jeunesse revenir et leur sève monter, les arbres ont besoin de journées douces et de nuits fraîches, et mars est le candidat idéal pour ce type de temps clément. Les arbres sont de vrais sportifs : pour un litre de sirop d’érable, il faut au préalable recueillir 40 litres de sève… je vous laisse faire le calcul sur les quantités de sève prélevée chez ces arbres en permanence sous perfusion. Une érablière se reconnaît en effet aux tuyaux colorés greffés toute l’année sur les érables, installés pour aspirer sans remords cette eau de vie très légèrement sucrée découverte par les Autochtones. On tombe aussi parfois sur des seaux le à l’ancienne, signe d’une exploitation artisanale… Pas besoin d’être une entreprise pour faire du sirop d’érable : si on possède des érables sur ses terres et qu’on a de la patience, à nous le bon sirop d’érable maison (je rêve d’avoir des érables à sucre chez moi !!).

Le temps des sucres, c’est une saison que j’adore pour l’air de fête qui flotte dans l’atmosphère (et non, ce n’est pas que l’odeur des crêpes !). Aller à la cabane à sucre, c’est dire au revoir à l’hiver de la plus belle des manières. Il reste sûrement de la neige au sol, et peut-être même qu’il fait encore frais (aujourd’hui 9 avril, il faisait encore -6°C le matin…), mais le temps des sucres, c’est le début de la fin pour la saison froide. On a beau aimer cette saison, au bout de six mois pleins, retrouver le soleil est un soulagement palpable et la balade par temps clément pour se rendre à la sucrerie donne le sourire à tout le monde.

Même la sucrerie a le sourire !!

Aller à la cabane à sucre, c’est faire un véritable pèlerinage sucré. L’odeur de sucre chaud qui flotte dans l’air n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend une fois arrivés à la cabane. Tire d’érable, brunch aux crêpes, produits de l’érable comme du beurre, du sirop ou des bonbons, faites votre choix. Ici, pas question de penser à son diabète ni son cholestérol, on repart forcément avec une glycémie qui crève le plafond. Et on en redemande. Après une saison âpre, le corps et l’esprit ont besoin de douceur et le sirop d’érable est un baume pour l’âme (et les papilles).

J’adore le brunch à volonté, où on déguste généralement des fèves en sauce, des saucisses et surtout des crêpes à volonté arrosées de litres généreuses quantités de sirop d’érable produit sur place. Mais le produit qui remporte tous les suffrages, c’est la tire d’érable. Si vous n’avez jamais essayé, je vous en conjure : essayez lors de votre prochaine venue, même si c’est dans un établissement à touristes en plein Montréal. La tire d’érable, c’est la quintessence de cet or sucré. Un peu de sirop d’érable chaud versé sur de la neige propre. Un peu de patience pour laisser le sirop se figer légèrement. Un peu de doigté pour appuyé et tourner savamment un bâtonnet en bois afin de récupérer la confiserie, désormais sucette glacée. Onomatopées d’extase vivement conseillées.

On pourrait faire la tire d’érable chez soi, mais un des charmes de cette excursion réside aussi dans le côté rustique du lieu. Tout fleure bon le vieux Canada, la tradition, les coureurs des bois (coucou les copains canadiens ! Ne me passez pas au bûcher pour cette enfilade de clichés !). Ici autour de Moncton, le brunch est l’occasion de sortir sa plus belle chemise à carreaux et de déguster les crêpes à volonté dans un chalet décoré de vieilles raquettes en bois, d’objets de ferme et d’images anciennes. La tradition des cabanes à sucre remonterait au XIXe siècle et malgré les foules qui se pressent pendant le petit mois des sucres, l’esprit reste artisanal.

Non et puis comment résister à l’invitation d’un chalet avec marqué « pancakes » au-dessus de l’entrée ?!

Vous comprendrez que j’affectionne particulièrement cette sortie, à la fois parce que je suis accro au sucre, mais aussi pour le joli dénouement qu’elle donne à la froideur. Quand on revient de la cabane à sucre, on sait que ce n’est qu’une question de temps avant de ranger manteau et grosses bottes, avant de voir la neige enfin fondue. Et puis, on sait tous que le sucre fait du bien au moral, non ?

Et vous, vous avez eu l’occasion d’aller dans une cabane à sucre ou de goûter de la tire d’érable ? Vous aimez ? Je vous attends dans les commentaires !

Si cette chronique vous a plu, n’hésitez pas à l’épingler sur Pinterest !

Expérience cabane à sucre érable Canada hiver Arpenter le chemin    Cabane à sucre érable Canada printemps Arpenter le chemin (1)

 

Related posts

1 thought on “CANADA // La cabane à sucre, le rituel du printemps”

  1. […] évoque ici l’odeur sucrée et la saveur sirupeuse de l’érable, les balades dans les érablières et les brunchs aux […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.