CANADA // Trois ans d’immigration : le bilan

Le 18 octobre, nous avons fêté notre Canadiversaire : l’anniversaire de notre installation au Canada. Une date importante pour nous, et comme tous les anniversaires, elle est l’occasion de dresser un bilan. Alors, la vie au Canada, c’est comment ? On vous dit tout !

Je nous revois le 18 octobre 2014 à l’aéroport de Lyon, à 4 heures du matin. Épuisés autant par l’heure effroyablement matinale que par les mois de préparatifs de ce déménagement dantesque. J’en avais perdu 5 kilos, à courir partout. On ne déménage pas sa vie entière sans perdre quelques plumes au passage. Un peu abasourdis, pas vraiment conscients de ce qui allait se passer, on attendait mollement l’embarquement, même pas guillerets. Un peu fatigués de l’attente, cette attente interminable qui avait commencé quelque part début 2013, quand nous nous sommes mis en tête d’aller vivre ailleurs.

Je me revois dans l’avion le 18 octobre 2014, à l’instant même où j’ai pris conscience que nous allions changer de vie. Le moment où tout bascule, ce n’est pas le moment où on a dit nos au revoir à nos proches, encore et encore pour mieux diluer l’émotion, ce n’est pas quand nous avons glissé les clés de notre appartement à la régie qui allait désormais s’occuper de le louer, ce n’est même pas le moment où l’avion a décollé vers de nouveaux horizons. Littéralement, pour une fois.

Le moment où tout bascule, c’est dans l’avion, dans le noir, entre une collation et un film idiot, en suspension entre deux continents, où je me suis demandée ce qu’on faisait. Je n’avais jamais eu de doute avant, mais les huit heures entre Lyon et Montréal ont été un calvaire. C’est sans doute pour ça que j’aime aussi peu l’avion – on n’est ni ici ni là-bas, on vole en pleine incertitude. Après l’atterrissage, tout était facile. Pas vraiment facile. Il y a eu des moments pénibles, des moments ennuyeux, mais tout coulait de source.

Que cherchions-nous, en venant nous installer au Canada, ou plus incompréhensible encore, à Moncton ? La réponse est facile, et être conscients de nos attentes nous permet aussi de mieux avancer, d’être plus sereins vis-à-vis de notre immigration. Je réponds toujours que nous cherchions l’aventure, et cette réponse semble suffisamment ésotérique pour que chacun y déverse sa propre vision de l’aventure. Pour certains, ce sera une vie dans une autre langue, pour d’autres, se frotter à un climat peu engageant, ou encore oser reprendre à zéro.

L’aventure. Un bien petit mot pour notre envie débordante de nous sortir de notre zone de confort. En sortant de notre bulle, nous voulions concrétiser un projet dont nous serions fiers, plus tard, quand nos genoux ne nous porterons plus et que l’aventure sera de simplement sortir de chez soi. Nous voulions de beaux souvenirs. En devenant immigrants dans un pays qui nous tendait les bras, nous sommes devenus ces autres qui ne sont plus ni d’ici ni d’ailleurs, comme perpétuellement dans un avion. Mais cette fois, ce n’est pas du vertige mais du réconfort qui nous attend.

 

L’aventure nous apprend l’humilité, nous venus d’un pays au complexe de supériorité démesuré, qui sommes désormais des immigrants parmi tant d’autres, citoyens du monde seulement aux yeux des bienveillants, et parasites pour d’autres. Nous nous autorisons désormais à être bienveillants nous-mêmes, et découvrons qu’une société apaisée est possible. Que la gentillesse n’est plus un mot vain qu’on balance comme une insulte.

L’aventure nous apprend à serrer les dents un peu plus fort. Les creux de la vague nous soulèvent davantage le cœur, accentués par le déracinement. Nous avons sans doute mûri un peu plus vite que nous l’aurions fait pendant trois mêmes années de statu quo. En tout cas, j’aime à le penser.

L’aventure nous apprend à nous dépasser, à aller vers les autres et accepter les mains qu’on nous tend. La communauté d’immigrants français n’est pas réputée pour son entraide, mais nous avons trouvé de belles amitiés, autant européennes que canadiennes.

L’aventure nous donne davantage à vivre, et nous fait battre le cœur plus fort. En se plaçant en nouveau-venu, nous avons appris à ouvrir à nouveau les yeux sur la beauté du monde, à retrouver un émerveillement disparu depuis longtemps. Nous observons, nous étudions, nous remarquons, comme des aveugles qui découvrent le monde pour la première fois.

L’aventure nous a appris qu’elle se nourrit d’elle-même et qu’il en faudra désormais toujours plus pour nous rassasier. Nous n’avons eu de cesse de découvrir ces beaux endroits où nous n’aurions jamais mis les pieds sinon – Nouveau-Brunswick bien sûr, mais aussi les belles Maritimes (Île du Prince Édouard, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve), le Guatemala, Cuba et le Mexique, jusqu’à la côte Ouest des États-Unis. On nous prédisait que notre envie de voyage allait se calmer, elle se consume plus que jamais, avivée par la proximité du nouveau Monde.

La prochaine aventure serait de devenir Canadiens. Depuis le 11 octobre, il est possible de déposer une demande de citoyenneté dès trois ans passés sur le territoire canadien, au jour près. Le 15 janvier 2018, ce sera le cas pour nous, et c’est une date que nous attendons avec impatience. Je mentirais en disant qu’on se sent Canadiens. Nous nous sentons toujours Français, mais un peu moins Français. La colère et le sarcasme ne sont plus un art de vivre. Un peu moins Français, un peu plus Canadiens. Je crois dur comme fer que c’est en devenant franco-canadiens qu’on se sentira véritablement adoptés, et je suis reconnaissante à ce beau pays de nous offrir la chance de nous prendre si généreusement sous son aile.

Trois ans. Depuis hier et une éternité. Désormais toujours en suspension. Trois ans au Canada, c’est une belle aventure.

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7 thoughts on “CANADA // Trois ans d’immigration : le bilan

  1. beau résumé de ce que l’on ressent en tant qu’immigrant!!! et devenir citoyen pour aider encore plus à se sentir canadien est unr belle idée, je ne le voyais pas comme ça c’est chouette!
    nous bientôt 2 ans et oui on a les mêmes ressentis que vous !! une belle aventure toujours en suspension!!!un sentiment de vivre ici depuis si longtemps (ça ressemble à l’éternité) et en même temps 2 ans c’est si court!
    c’est fou comme on s’attache au novueau brunswick n’est ce pas mais c’est beau bonne continuation

    1. Audrey

      Tu es aussi installée au Nouveau-Brunswick ? Où ça ? C’est vrai que je n’en reviens pas que ça fasse déjà trois ans, le temps est passé si vite de notre côté (peut-être moins pour la famille !). J’attends avec impatience de pouvoir déposer mon dossier de citoyenneté !

  2. Flora

    Ton bilan titille un peu mon envie d’ailleurs qui revient de plus de plus à la surface ces derniers temps. Avoir un autre camp de base pour découvrir d’autres horizons, ça me parle complètement !
    Je vous souhaite encore pleins de beaux automnes dans votre nouveau chez vous chers futurs citoyens canadiens 😉

    1. Audrey

      Chassez le naturel, il revient au galop 😉 Je suis sûre que tu auras l’occasion (ou que tu la créeras) d’aller voir d’autres horizons ! Le monde est grand et c’est dommage de rester toujours au même endroit !

  3. Sandra

    C’est tellement bien écrit… Et c’est un peu pareil pour moi qui suis à l’île Maurice depuis 3 ans aussi ! Par contre je dois attendre 4 ans minimum avant de demander ma nationalité… 😉 J’espère un jour venir découvrir ta région qui a l’air magnifique !

    1. Audrey

      Merci Sandra ! Je ne me souvenais pas qu’on était parties en même temps. Je suis sûre que cette année avant ta demande de naturalisation va vite passer !

  4. […] que ça fait trois ans que j’habite sur le continent américain, aucune fête ne provoque autant d’impatience […]

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