Un powwow au Canada

Aujourd’hui, nous sommes le 1er juillet 2017. Aujourd’hui, le Canada fête son 150e anniversaire. J’aime profondément ce pays, ses valeurs, ses habitants, son territoire, et je suis immensément reconnaissante à tous ceux qui ont fait de ce beau pays une terre d’accueil, un havre qui nous donne la chance immense de venir faire notre bout de chemin ici. Malgré tout, je me suis dit que c’était le bon moment pour parler d’une autre facette du Canada, de ces Canadiens dont on parle assez rarement, et sans qui le pays n’aurait pas pu se construire sous sa forme actuelle : les Autochtones.

Présents un peu partout au Canada, ils sont relativement inaccessibles aux nouveaux arrivants comme nous, et la meilleure façon de mettre un premier pied dans leur culture pour mieux les connaître reste encore d’aller assister à un powwow. Loin des représentations à touristes des hôtels occidentaux dans les îles, ces cérémonies ne sont pas des spectacles, mais des rituels bien vivants où quiconque se réclame d’un héritage autochtone peut participer, ouverts à tous ceux qui viennent avec un cœur bienveillant. Suivez-moi dans cette expérience hors du commun.

Des tambours, des tenues d’apparat, des chants et de la solennité : voici les principaux ingrédients d’un powwow autochtone. La saison des powwows est en été, et de juin à septembre, ils fleurissent un peu partout.

Au cours deux deux années et demi que je viens de passer au Canada, je suis allée assister à deux powwows, à chaque fois avec autant d’émerveillement : le powwow de la première nation Elsipogtog près de Bouctouche, et celui de la première nation Natoaganeg près de Miramichi.

Le premier powwow reste un souvenir d’une intensité rare. Le deuxième aussi, d’ailleurs. Le programme indiquait « ouvert à tous », j’y suis donc allée sans trop d’hésitation, sans vraiment me poser de question. Le premier doute arrive avant même d’être sur les lieux : la première nation est à une vingtaine de kilomètres de la ville la plus proche, en pleine cambrousse. Heureusement, les panneaux indicateurs sont légion, sinon j’aurais bien cru m’aventurer au milieu de nulle part.

L’arrivée sur le terrain du powwow dépasse l’entendement. Je suis la seule touriste. Une des rares blanches, d’ailleurs. Les autres personnes présentes semblent toutes être de la première nation. Le sentiment de décalage est intense : impossible de savoir où me mettre en attendant le début de la grande entrée. J’ai vraiment l’impression de faire tache, moi, seule, femme, blanche ; un paquet de nachos me donne une contenance l’espace de quelques minutes, mais j’ai envie de rebrousser chemin. Je n’ose ni sortir mon appareil photo, ni dévisager les gens, ni même aller voir les étalages de capteurs de rêves et patchworks aux motifs autochtones. Ils sont pourtant là pour qu’on les achète, mais si j’y vais, ce serait offensant ? Et si je fais un faux pas ? Et je m’assois au mauvais endroit ? Je suis dans mes petits souliers.

Je persévère, je n’ai pas fait une heure de voiture pour rien, et la curiosité est de toute façon trop forte. Et puis la magie opère dès que l’animateur s’empare du micro. D’autres blancs se sont matérialisés de nulle part, l’animateur explique ce qui va se passer, je sais enfin où m’asseoir, quand prendre des photos, quand applaudir, quand me lever. Mon esprit libéré de la gêne, je peux apprécier le spectacle.

Et quelle émotion. Au son des chants et des tambours, les chefs défilent, suivis de dignitaires et officiels, de vétérans de l’armée, tournant autour de l’arène de danse.

Vient au tour de la danse de l’herbe. Les hommes enchaînent les pas aériens, bénissant l’herbe de la pointe du pied et du talon, tournant sur eux-mêmes en des figures envoûtantes.

Les danses se succèdent. Les danseurs tournent en cercle, chacun dans ses pas, dans sa tête. Ils effleurent l’herbe, en suspension. Les mouvements ne sont pas forcément variés, mais les danseurs semblent flotter, même si c’est toute l’Histoire qui ancre leurs pas. Danse libre. Danse des clochettes des femmes. Danse des enfants. Danses des anciens, l’une des plus émouvantes. Qu’ont-ils vécu, ces anciens ? Sont-ils heureux de leur nation actuelle ?

J’arrête de chercher à comprendre l’animateur dans son micro qui grésille, de chercher à comprendre le moindre symbolisme, la moindre tenue d’apparat. Les danseurs fabriquent eux-mêmes leurs tenues, inutile de chercher à les saisir tant elles sont personnelles, intimes. Les danses sont ancestrales, inutile de chercher à les décortiquer dans un savoir théorique. Je chercherai les détails plus tard. Pour l’instant, le soleil chauffe, les sons montent, cela me suffit.

Je ressens. Je me laisse entraîner par les tambours. J’ignore ce que chantent les artistes, s’ils chantent la mélancolie de leurs terres perdues ou célèbrent leurs guerriers. Je sais simplement que leur chant monotone et lancinant parle à une partie de moi, sans vraiment savoir ce qu’elle me dit. J’essaie de garder mon esprit ouvert.

Je prends des photos, beaucoup, essayant de capter l’énergie des danseurs. Je les prends souvent de dos. Je n’ose pas croiser leur regard, peur de les souiller en bête de foire par ma curiosité.

Les danseurs n’ont pas tous un physique qui répond à notre cliché de l’autochtone vu d’Europe. Ils sont cuivrés, blancs, noirs. Leur héritage ne se verrait pas forcément s’ils n’étaient pas en tenue d’apparat. Tous arborent pourtant les couleurs autochtones, noir-rouge-jaune-blanc. La terre, l’eau, le feu, l’air.

L’animateur suspend parfois le flot de photos lors d’un moment spécial. Le danseur principal a ressenti quelque chose, il demande un chant en soufflant dans un sifflet. Les danseurs s’arrêtent, lui semble rentrer en transe. Je suis tout prêt, je vois son effort, l’énergie qu’il met à traduire ce qu’il ressent par son corps. Il parle de l’esprit d’un proche, dit l’avoir senti près de lui. Je suis émue.

J’étais venue pour comprendre, je suis repartie en ayant ressenti. Je ne comprends pas plus. Je sais simplement que les premières nations sont bien vivantes.

Powwow de la première nation d’Elsipogtog, 2015

      

Powwow de la première nation de Natoanageg, 2016

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Quelques conseils

Jamais, jamais, sous aucun prétexte, ne parlez de « costume » pour désigner les tenues d’apparat. Ne les touchez pas sans autorisation. Respectez à la lettre les consignes de l’animateur, pour les photos, les moments où se lever, où s’asseoir. Personne ne va venir vous arrêter, mais quand on est conviés à un événement solennel comme celui-ci, on ne fait pas son bête touriste.

Si les lieux des pow-wows sont parfois isolés, il y aura toujours à manger sur place, ne vous en faites. Pour autant que je sache, les chiens sont admis (s’ils savent se tenir, évidemment). Chacun peut arriver et repartir quand bon lui semble, mais la grande entrée est un moment solennel, il serait dommage de la manquer.

Pour trouver les dates et lieux des powwows, c’est par ici que ça se passe. Cherchez ensuite le nom des groupes autochtones pour des infos plus précises comme l’adresse ou le déroulement de la célébration.

Et vous, vous avez déjà assisté à un pow-wow ? Vous vous intéressez à la culture autochtone ?

 

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2 thoughts on “Un powwow au Canada

  1. C’est étrange, car j’ai eu exactement les mêmes sentiments de gêne et de peur-de-ne-pas-être-à-ma-place lorsque j’ai assisté à mon premier Powwow. Et tout comme ça s’est dissipé rapidement et j’en garde un très beau et coloré souvenir… avoues que les enfants sont trop mignons?!

    1. Audrey

      On peut être fières d’avoir dépassé notre gêne et de nous être ouvertes à cette célébration 🙂
      Oui les petits sont à croquer avec leurs belles tenues d’apparat ! Mais j’ai une certaine tendresse pour les aînés, j’essaie d’imaginer à combien de pow-wow ils ont assisté…

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