ÉLUCUBRATIONS // La voyageuse qui n’aimait pas prendre l’avion

Voici une confession à laquelle tu ne t’attendais peut-être pas : j’ai peur de l’avion.

Pire encore : j’en ai tellement la trouille que cela peut confiner à de la phobie.

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Du plus loin que je me souvienne, j’ai presque toujours eu peur de l’avion. De mon premier vol à 12 ans, direction les Baléares, je me souviens des trous d’air gigantesques et d’un atterrissage remarquablement raté, souvenirs sûrement amplifiés par le prisme de la mémoire. J’en ai gardé une peur diffuse qui n’est pas vraiment allée en s’arrangeant, même en devenant une adulte (relativement) cartésienne.

Se sont enchaînés ensuite des dizaines de vols, pas une année sans que je prenne l’avion, des vols court, moyen et long courrier. Des vols détestables entièrement passés avec la consigne lumineuse allumée et la ceinture bouclée au point de m’en faire mal, la douleur dans mes hanches pour oublier la douleur de mon esprit qui tourne en boucle. Des vols où les passagers à côté de moi me prenaient en pitié, tentant de me distraire pour ne pas me voir pleurer. Un vol dantesque de 14 heures entre Dubaï et Sydney où l’avion a tellement tangué que la moitié des passagers a hurlé. Pas moi. J’avais les dents bien trop serrées pour même penser à hurler.

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Juste avant le décollage, la pression monte… (Beyrouth, Liban)

La perspective de prendre l’avion me donne des insomnies. Je ne suis plus que nerfs et anxiété pendant les deux à trois semaines précédant le départ. Je ne mène d’ailleurs pas large à une semaine de mon départ pour le Guatemala, faisant bonne figure quand on me demande si j’ai hâte de partir. Je n’ai pas hâte de partir. J’ai hâte d’arriver.

Si j’ai le choix et le temps, je prendrai toujours une autre solution que l’avion. Quitte à faire 17 heures de train ou 12 heures de covoiturage entre Moncton et Montréal. Quitte à prendre le train de la France à Moscou. Quitte à envisager de traverser le Pacifique en cargo pour un voyage en Australie prévu l’an prochain. Après, vous connaissez tous le titre de mon blog, et je pense sincèrement que ces expériences rendent le voyage encore plus passionnant. Mais derrière l’envie de voyager lentement se cache aussi le spectre de la catastrophe aérienne, inconsciemment ou non.

Pourtant, on sait tous que le voyage aérien compte parmi les plus sûrs au monde. Qu’il vaut mieux prendre l’avion que prendre sa voiture, rapport au risque de mourir.

De mes vingt ans de voyage en avion, se sont enchaînés des dizaines de vols où il ne s’est rien passé. Si je suis toujours là pour en parler, c’est bon signe. Des vols de toutes les durées, à toutes les saisons, des vols intercontinentaux, où le seul dérangement est un peu de turbulences ici et là, mais pas de quoi déranger le visionnage de ton sixième film ou la dégustation de ton troisième plateau-repas.

Tout ça, je le sais bien. Tout comme la personne qui a peur des souris sait qu’une souris ne peut pas vraiment la tuer, sans que cela ne change rien à la terreur qui la hante. Je ne suis pas musophobe, mais aviophobe, et l’avion, c’est ma souris à moi. Il ne me tuera probablement pas, mais j’en suis morte de trouille.

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Pendant le décollage, ça ne va pas en s’arrangeant… (Christchurch, Nouvelle-Zélande)

On pourrait penser que l’aviophobie est réservée aux voyageurs qui prennent l’avion tous les cinq ans, mais non. Je fais entre 8 et 12 vols chaque année, ce qui te semblera beaucoup si tu n’as jamais quitté ta région, et rien du tout si tu es commercial.e à l’échelle continentale. Je pense être dans la moyenne basse des voyageurs en avion, et même si j’adore les aéroports et que je peux passer les contrôles à la douane les yeux fermés, je reste nerveuse.

J’ai tout essayé ou presque ; ne manque qu’un stage Air France à ma collection. L’homéopathie ? Vaste blague ! Les calmants : oh oui, ça marche bien ! Mais ça rend dépendant et surtout, surtout, plus dure sera la chute quand un calmant efficace cesse de faire effet au beau milieu d’un vol… #vécu. Et c’est pour ne pas revivre la panique de sentir mon calmant se déliter que je ne veux plus en prendre. Les somnifères ? Trop aléatoire, et mes jambes apprécient moyennement d’être immobiles pendant six heures. L’alcool ? Très moyen…

La seule chose qui ait marché, et que je refais à chaque fois que je vais prendre l’avion, c’est de chercher « fear of flying » sur YouTube ou Google. On y trouve plein de contenus pas trop condescendants qui expliquent comment marchent les avions. Ou plutôt, comment ils volent. Comment il s’appuient sur l’air et ne peuvent pas tomber comme des pierres (ma plus grosse peur).

Certains détails peuvent énormément jouer : privilégier des avions pas trop petits (j’ai horreur des « moustiques », comme je les appelle, les avions à 40 places riches en sensations à faire pâlir Space Mountain). En cas de correspondances, privilégier les vols au-dessus de la terre et non de l’eau. Se placer à l’arrière de la cabine pour ne pas être en première ligne en cas d’accident. Ne pas se placer trop loin pour subir moins de secousses et moins de bruit des moteurs. Prévoir un bon livre, de la bonne musique, un bon pique-nique, des chaussettes de contention pour éliminer tous les désagréments. Lire les consignes de sécurité, savoir où se trouve la sortie d’urgence.

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En phase de croisière, ça peut aller (au-dessus du Yucatan, Mexique)

Pourquoi m’infliger de prendre l’avion, dans ce cas ?

Je suis de ces personnes fermement convaincues que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Ou, à l’inverse : ce qui nous empêche d’avancer nous tue à petit feu. La question du courage revient souvent. Je me fais parfois violence pour aller seule dans des endroits qui m’impressionnent – comme Moscou, par exemple, ou le Guatemala – en partant du principe que j’en ressortirai grandie. Grandie à mon échelle, c’est-à-dire moins timorée, plus battante.

La même logique vaut pour l’avion. Si je m’empêche d’aller dans un endroit qui me fait rêver à cause de l’avion, alors la peur de l’avion aura gagné. Et si je renonce à aller en Australie parce que j’ai peur de l’avion, qu’est-ce qui me dit que d’ici quelques années, je ne m’empêcherai pas de faire des vols moyen courrier ? Puis court courrier ? Que je ne renoncerai pas à l’avion tout court ? Je préfère voyager sur la terre ferme qu’en avion, mais ce moyen de transport ne dicte pas les endroits où j’ai envie d’aller.

Car cela voudrait dire ne plus voyager.

On peut toujours voyager sans avion. Faire des escapades en voiture. Prendre le train longue distance. Acheter un van et sillonner les continents. Mais se passer de l’avion, c’est faire une croix sur pas mal de mes envies actuelles. Et ça, je ne peux pas l’accepter.

Mon envie de voyager est bien plus forte que ma peur de l’avion.

Et toi, tu as peur de l’avion aussi ? Ou pas du tout ? J’attends ton témoignage dans les commentaires !

 

 

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11 thoughts on “ÉLUCUBRATIONS // La voyageuse qui n’aimait pas prendre l’avion

  1. Pareil que toi ! J’adore voyager et j’ai peur de l’avion !

    1. Audrey

      Bienvenue au club ! Je suis sûre qu’on est beaucoup en réalité !

  2. Marie

    Je me souviens d’une discussion avec toi à ce sujet 🙂 Je suis toujours impressionnée quand je prends l’avion, et à cela s’ajoute une peur de l’enfermement.

    Mais la dernière fois que j’ai pris l’avion, j’avais tellement d’autres choses en tête par rapport à l’organisation du voyage que c’est passé comme une lettre à la poste. Ce n’est pas le cas pour ton voyage au Guatemala ?

    Ce qui m’avait également tranquillisée, c’était le fait d’avoir pu choisir ma place dans l’avion. Même si c’est totalement irrationnel, certaines places peuvent être plus « rassurantes » que d’autres (à l’arrière de la cabine pour toi, côté couloir et près de la sortie pour moi 😉

    1. Audrey

      Malheureusement, je lâche un peu prise sur l’organisation de mes voyages (ou lors je m’y prends assez à l’avance pour que ça ne me stresse pas juste avant le départ), ce qui fait que je n’ai pas tant de choses que ça à penser en ce moment : il ne me reste qu’à faire ma valise et je serai prête ! Je devrais peut-être essayer d’organiser d’autres choses pour m’occuper l’esprit 😉

      Pour le côté irrationnel des places, du moment que ça marche, je pense que tout est bon à prendre. Et ce n’est pas comme si on psalmodiait des incantations à voix haute en dérangeant toute la cabine… Au moins, on ne gêne personne et ça nous apaise, alors vive le choix des places !

  3. sarah

    Pour ma part je n’ai jamais eu peur de l’avion, j’ai toujours trouvé ca hyper drôle, surtout les turbulences quand on se mets du café partout 🙂 je voyais ca comme une grand manège à sensation qui dure juste un peu plus longtemps. Et puis un jour il y a eu un fait divers dans l’actualité sur un avion qui s’était crashé, et je ne sais pas pourquoi alors que ce genre de fait divers me laissait de marbre, là j’en ai fait des crises d’angoisses pendant plusieurs semaines. Et les vols qui ont suivi je n’étais vraiment pas rassurée. Puis en travaillant avec mon psy j’ai essayé de comprendre pourquoi je réagissais comme ca, et bon comme pour tout le monde c’est la peur de mourir mais pourquoi la peur de mourir en avion fait t’elle plus peur que celle de mourir en voiture? J’ai juste plus conscience que ce qui devra arriver arrivera, qu’au final ca ne sert à rien de stresser car ce n’est pas ca qui empechera un drame. donc maintenant, même si je ne suis pas 100% sereine, avant de partir j’envoie des petits messages à ma famille pour ne pas le regretter si jamais … comme le disait si bien mon psy, le lâcher prise c’est la clé de beaucoup de problème 🙂

    1. Audrey

      Il me semble que la peur de mourir en avion effraie davantage car même si les accidents sont moins fréquents qu’en voiture, ils sont plus impressionnants, et surtout on a l’impression d’avoir moins de chance d’en réchapper (Marie parle de claustrophobie dans le commentaire précédent, c’est tout à fait vrai : on peut avoir l’impression d’être complètement coincé si jamais quelque chose arrive). L’an dernier après l’accident dans le sud de la France, j’étais tétanisée à l’idée même d’acheter un billet d’avion, et je me suis fait violence pour dépasser ces angoisses.
      C’est super d’avoir travaillé là-dessus avec ta psy, et l’idée d’envoyer des petits messages est une bonne idée – je suis sûre que ça fait un petit rituel apaisant. Je t’emprunte l’idée 🙂

  4. J’ai le même raisonnement que toi: ce qui ne nous tue pas nous rend meilleur! Et surtout, surtout, j’ai une très grande motivation à continuer à prendre l’avion je ne veux pas devenir comme ma mère qui elle a décidé de ne plus jamais prendre l’avion. Résultat, elle n’est jamais venu nous voir ici, au Québec, et elle n’a aucunement l’intention de faire cet effort à l’avenir. Hors de question pour moi de me dire qu’un jour je ne me déplacerai pas pour aller voir un de mes enfants au Japon ou en Tanzanie ou que sais-je!!!
    Et puis de toute façon, je n’ai pas le choix, ma famille est en France! Le fromage et tout et tout, c’est meilleur sur place!

    1. Audrey

      Ne pas devenir comme ses parents, c’est une grand motivateur ! Ma mère et celle d’Etienne voyagent beaucoup, mais je vois des parents d’amis qui ont renoncé (vraiment renoncé) au voyage par peur de l’avion, et je n’ai vraiment pas envie de faire une croix sur ce que j’aime pour cela. Le jour où ça empirera, je ferai un stage d’aviophobie sans complexe.
      Et puis comme tu dis, si on veut continuer à se goinfrer de fromage, il faut dominer sa peur pour la bonne cause 😉

  5. Je n’ai pas vraiment peur de l’avion mais mes voyages me paraissent de plus en plus longs surtout parce que je n’arrive plus à dormir dans l’avion (sauf hier ou j’ai dormi 6h mais c’était juste parce que l’avion a décollé à 2h du matin et que j’étais KO). Du coup les vols ne sont pas une partie de plaisir non plus pour moi mais il faut bien passer par là…
    Je trouve ça génial que tu arrives à passer au dessus de tes peurs et je te souhaite un super voyage au Guatemala.

    1. Audrey

      Tout à fait d’accord ! Depuis quelques temps, à mes angoisses viennent s’ajouter des problèmes de circulation dans les jambes, qui m’empêchent de dormir si par bonheur j’y arrive… Voyager en avion n’est décidément pas de tout repos. Pour mon premier vol direction Miami, j’ai cependant bon espoir de dormir : j’enchaîne auparavant une nuit dans un train non couchette et une demi-nuit (décollage à 6 h)… si avec ça je n’arrive pas à dormir, je n’y arriverai jamais !
      Compte sur moi pour les photos, bien évidemment !

  6. […] angoisse, c’est la leur. J’ai d’autres angoisses quand je voyage : est-ce que mon avion va arriver à bon port ? Est-ce que je vais réussir à me faire comprendre ? Est-ce que je […]

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