LIBAN // Effleurer le Liban

Il est des voyages qu’on ne pourrait faire sans un petit coup de pouce, sans une impulsion qui ne serait pas venue de nous.

En 2006, j’ai vécu en colocation avec une Américaine en Nouvelle-Zélande. Celle-ci a assisté à mon mariage-raclette en France en 2012, avant de se marier elle-même à un Libanais en 2014. Elle a eu la gentillesse de nous inviter aux festivités aux États-Unis et au Liban.

Sans elle, nous ne serions jamais allés au Liban en 2014. Voire tout court, mais cela, seul l’avenir nous le dira.

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En 2014, la guerre en Syrie avait débuté depuis trois ans déjà. Le Liban, c’est une toute petite bande de terre de 60 km de large coincée entre le bassin levantin et la Syrie, un confetti oblong qui porte encore les stigmates des nombreux conflits autant dans ses bâtiments que ses habitants.

En 2014, je n’en menais pas large, pourtant bien au chaud dans mon salon, à l’écoute des informations égrenant les atrocités à quelques encablures du lieu de cérémonie, derrière la montagne, littéralement écœurée par la violence et la peur.

Je savais bien qu’on partait avec des gens du pays, que personne ne nous forcerait à aller où nous le souhaitions pas. Nous ne serions jamais seuls. J’en ai parlé avec mon amie, j’étais loin d’être la seule de la noce à avoir des réserves. Elle et son fiancé ont su trouver les mots pour nous amener au Liban, dans un voyage un peu à part de tout ce que nous avons fait jusqu’à présent.

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« C’est Beyrouth, ici ! »

On en rigolait d’avance, de notre blague facile, du moment où on allait pouvoir la caser en visitant la ville. Pourtant, elle nous est restée en travers de la gorge sur le trajet depuis l’aéroport. En quatre heures depuis Paris, nous étions passés dans un chaos urbain grenaillé d’impacts d’armes encore bien visibles, des décennies après la guerre. La ville a été ravagée, cela se voit. On aura beau détourner les yeux, gênés par cet état de guerre qu’on préfère voir depuis nos téléviseurs. Certains vestiges restent en l’état, et certaines banlieues sont classées « rouge » pour les visiteurs étrangers.

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Mais c’est une ville bien vivante qu’on effleure pourtant. Nos amis nous font visiter une petite partie de Beyrouth, autour de la mosquée Mohammad al-Amîn. Nous y voyons quelques rues proprettes autour de la place Nejmeh, quelques ruines. La belle et grande mosquée qui toise de ses minarets jaunes ce pays mi-chrétien, mi-musulman. Nous obliquons bien vite dans un bar qui ne dépareillerait pas à New York, à Dubai. Musique à fond et vue sur la ville depuis le toit. Nos bagages sont toujours dans le coffre de la voiture, nous avons enchaîné les chocs culturels en l’espace d’une journée, bienvenue au Liban.

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Beyrouth restera à mes yeux une ville tentaculaire à l’exécrable circulation, aux affiches en anglais plutôt qu’en arabe. Où sont les souks, la baie de Zaytouna, les rues charmantes ? Nous n’en verrons rien. À la place, nos certitudes font la girouette. Impossible d’avoir un avis fixe et posé sur ce pays où les contrastes nous ballottent de jour en jour.

Un jour la petite noce part en excursion aux grottes de Jeita et à Byblos, comme un petit convoi touristique. Les Bronzés visitent le Liban. Les grottes sont sublimes mais il vous faudra les imaginer, les photos étaient interdites. Sous terre, nous découvrons un autre monde, où il fait frais, où des millions d’années gouttent du plafond pour finir à portée de main. Nous mangeons des mezze savoureux à Byblos, visitons le petit port, marchons sous les bougainvillées éclatants. La journée se finit sur la plage, où la Méditerranée prend des atours de mer du sud, à mille lieux des eaux tièdes du Midi. Ici on barbote dans un bain chaud, les transats nous invitent à la sieste, nous pourrions être au Club Med à la Réunion ou dans les Caraïbes.

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Le lendemain nous partons pour la vallée de la Bekaa, désormais tristement célèbre. À l’heure de notre séjour, la vallée était en vigilance orange et Baalbek (Héliopolis), aux sites archéologiques sublimes, complètement hors d’atteinte. L’une des invitées à la noce, travailleuse humanitaire qui vit sur place, nous assure qu’il n’y a pas de danger ; pour ma part j’ai des sueurs froides à l’idée même de nous aventurer de la vallée – hors de question d’aller trop loin. Trop loin dans la vallée, trop loin hors de ma zone de confort, que je malmène déjà ici même dans ce pays. Je suis un pur produit de la routarde pantouflarde, les zones de conflit, ce n’est pas mon créneau. Et qu’y fait-on, dans la Bekaa, alors qu’en amont les combats ont rage par-delà la frontière, en Syrie ? On y va boire du vin, le plus naturellement du monde. Instant surréaliste.

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Un jour nous allons dans un autre de ces bars de Beyrouth, bien cachés et résolument hipsters, frites maison et cocktails tendance, déco récup-chic et serveurs à bonnet, gros son américain. L’extérieur nous rappelle pourtant un passé que chacun préférerait oublier.

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Le lendemain la famille du marié nous parle de la guerre, je ne sais plus qui a commencé la discussion, mais elle devait arriver. Curiosité morbide, envie de comprendre l’incompréhensible. Les frères nous parlent la fuite à Beyrouth, plus sûre qu’ici, dans les montagnes à une heure de la ville. Des bombes. De la bombe qui est tombée à deux pas de la maison. Des cachettes dans la cave, et de la peur, et de l’horreur. Nous qui n’avons rien connu de ça ne pouvons qu’ouvrir grand les oreilles pour absorber ces témoignages et penser que ça n’arrive pas qu’ailleurs. Nous sommes sur une terrasse ensoleillée, les oiseaux chantent, les coteaux verdoyants filent dans la Méditerranée. Soudain, tout se glace. Les autres convives sont américains, ils ne savent probablement pas que le Liban a été sous mandat français – beaucoup de Français ne le savent pas non plus, d’ailleurs, pas le genre de choses dont on parle en histoire géo. J’ai envie de poser des questions, de savoir si ils… si on… Je suis lâche.

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Un jour nous allons à une réception de mariage, grandes robes et petits fours, piscine qui se déverse dans les montagnes nues du Proche-Orient. Les photos resteront privées par respect pour les mariés, mais on s’y amuse comme dans tous les mariages, jours de promesses et d’espoir, où rien ne compte que l’instant et l’infini. Et les pâtisseries libanaises._1050379 (2)_1050372 (2) _1050301 (2)

Un jour nous sommes arrêtés par les militaires. Papiers s’il vous plaît. Deux membres de notre groupe ont laissé leur passeport à la maison ; ils sont Américains, ils s’en sortiront avec un petit sarcasme du militaire qui leur dira que ce n’est pas comme chez eux, ici. Les checkpoints sont relativement nombreux mais ce sera la seul fois que nous nous frotterons aux forces de l’ordre.

Le lendemain nous reprenons l’avion. Je ne suis pas certaine d’avoir encore digéré ce que nous avons vu, à mille lieux des voyages protégés qui sont notre ordinaire. Je ne suis même pas certaine de conseiller d’aller visiter le Liban, qui essuie une crise humanitaire sans précédent, à absorber deux millions de réfugiés syriens. Je ne sais pas y aller en ce moment soutiendrait l’économie ou relèverait du mauvais goût le plus crasse. Je ne trancherai pas pour vous. Mais si un jour l’envie vous prend d’aller effleurer un pays riche et complexe qui vous laissera un peu moins sur vos certitudes, le Liban est fait pour vous.

C’est où ?

Bon voyage

Nous avions pris un vol direct Paris-Beyrouth pour environ 500 euros par personne avec Air France. L’acheminement depuis Lyon en TGV était compris dans le prix : une bonne astuce pour ne pas prendre l’avion entre Lyon et la capitale.

Bon appétit

Je ne saurai plus citer tous les restaurants où nous sommes allés et de toute façon nous avons souvent mangé chez nos amis. Mais la cuisine libanaise est bonne. Très bonne. Et copieuse. Très copieuse. Vous êtes prévenus.

Feniqia, vieux souk de Byblos : un lieu aéré avec des mezze succulents.

Le Montagnou, tout en haut de la montagne, Faraya : le lieu où a eu lieu la réception du mariage. Un excellent repas, comme i se doit. Ne manquez pas la piscine à débordement en pleine montagne. Curiosité : on peut y manger de la fondue et du cassoulet.

Bonne nuit

Puisque nous logions dans la famille de nos amis, je ne peux pas vous conseiller d’établissement.

Et vous, vous êtes déjà allés dans un pays qui bouscule ? Ou au Liban ? Vous en avez pensé quoi ? Je vous attends dans les commentaires !

 

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3 thoughts on “LIBAN // Effleurer le Liban

  1. Eh ben je ne sais pas quoi dire (c’est rare ahah). Je ne peux pas comprendre, je n’ai jamais visité de pays de ce genre, ni de cette région. J’ai appris un truc d’ailleurs, c’est que je ne pensais pas que ce pays était si petit!
    C’est très intéressant à lire ça m’a tour à tour étonnée, impressionnée et mise mal à l’aise. Je ne saurai pas trancher non plus ta question, et je me garderais bien de le faire car chacun appréhende cette question différemment !

    1. Audrey

      Je suis navrée si mon récit t’a mise mal à l’aise. J’imagine que c’est mon propre malaise qui transparaissait… Ce voyage m’a durablement marquée, et je ne suis pas certaine de vouloir retourner dans une zone tendue de ce type de sitôt. Après, n’est-ce pas un peu hypocrite de dire ça et de voyager dans une dictature comme Cuba comme je l’ai fait l’an dernier ? Pas de réponse non plus. Ces voyages auront au moins eu le mérite de me faire poser des questions !

  2. […] tu es allée au Maroc/Guatemala/Liban, tu ne crains […]

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