À la recherche des phoques en canot voyageur – Kouchibouguac, NB


Bonjour à tous ! La semaine dernière, le printemps a frémi. Avant d’être forcé de nouveau dans son hibernation par une petite chute de neige… le 20 avril… pourquoi est-ce que cela m’étonne encore ?! Ces petites palpitations du soleil timide, de la pelouse qui n’ose pas encore reverdir et l’appel des graines à couver en attendant qu’elles fleurissent m’ont transmis leur énergie. Après une longue période de grisaille, j’avais soif de sorties, de soleil, d’aventures estivales !

Je me suis amusée à dresser ma liste d’envies pour cet été, comme bien souvent : j’ai les idées qui fusent dans tous les sens, des envies par baquets et bien souvent, vraiment pas assez de temps pour tout concrétiser. Pour faire tout ce dont j’ai envie, il faudrait un été qui dure huit mois et clairement, ce n’est pas la configuration dont nous disposons au Canada.

Établir des priorités, c’est la solution dans ce genre de situations, et cela me permet de décider si telle activité sera dans la liste « À faire absolument sinon l’été est gâché » ou « Peut attendre l’an prochain ». Sortie en bouée sur la rivière Miramichi ? Trois jours de randonnée au Mont Carleton ? Séjour gourmand à l’île du Prince Édouard ? Virée sur la route des fromages fins du Québec ? Une semaine au parc de Gros-Morne à Terre-Neuve ? La liste est longue comme un jour sans fromage.

En 2015, l’une des activités sur ma liste « priorité absolue » était une sortie bien spéciale proposée par le parc national de Kouchibouguac : la sortie en canot voyageur, à la découverte des phoques du parc. On pourrait croire que mes activités prioritaires sont les excursions grandioses à la façon du sentier Dobson, mais des sorties aussi simples que deux heures dans un canot peuvent faire battre mon cœur et me donner envie d’y retourner sur le champ. Parce que voir des phoques en pleine nature, à une heure de chez moi, personnellement, je trouve ça fantastique, pas vous ?

Pour voir les phoques et profiter d’une sortie avec un guide d’interprétation, nous avons choisi de passer par la sortie en canot voyageur proposée par le parc Kouchibouguac. Je présume que les phoques sont accessibles aux sportifs équipés de leur propre canot et qui sauraient trouver l’îlot où ils se nichent, mais étant dépourvus à la fois d’esquif convenable et d’une connaissance suffisante de la topographie du parc, nous nous en sommes remis à une sortie en groupe.

Le canot a un nombre de places limitées et accueille un maximum de huit voyageurs… Bien assez à notre goût. Plus, et c’est le troupeau, le bruit, la foule alors qu’une telle sortie n’invite qu’à un silence contemplatif et un émerveillement calme. Car sans calme ni silence, pas de phoques. Ces animaux pourtant imposants sont bien timides et ne montrent leur jolie frimousse qu’aux plus silencieux d’entre nous. Et encore : pas question de s’approcher de trop près, sans quoi c’est la débandade. Laissez-moi vous raconter.

Ce jour-là, il faisait un temps maussade, mais nous en étions plutôt contents : en plein mois d’août, avec notre teint de laitier, nous aurions brûlé. Je sais bien que la spécialité du Nouveau-Brunswick, c’est le homard, mais ce n’est pas une bonne raison pour vouloir les imiter ! La fraîcheur du matin nous a aussi permis de souquer plus ferme pour nous réchauffer, même si mon petit doigt me dit que notre canot voyageur était équipé d’un moteur silencieux pour épargner nos biceps fragiles.

Pourquoi « canot voyageur » ? Et bien… je ne sais pas ! J’ai essayé de trouver une explications historique à ce nom, mais rien de rien. La seule chose que j’en déduis de mes recherches, c’est qu’il s’agissait notre embarcation est une réplique des canots sur lesquels naviguaient les explorateurs canadiens-français en ces contrées alors vierges de tout Européen… J’aime bien « canot explorateur », aussi.

À la barre, notre guide commente les berges, l’avifaune, les courants. Il nous menace de gages à la troisième éclaboussures de nos pagaies maladroites et enchaîne sur des anecdotes sur la forêt acadienne, déjà coupée à plusieurs reprises : aucun arbre n’a plus de quelques décennies, ici. Il lève légèrement le voile sur le peuple mi’kmaq pour qui l’eau était une autoroute, été comme hiver, et décrit un balbuzard gracieux qui nous survole brièvement. Seule sa voix résonne dans le clapotis des vagues, personne n’a envie de rompre le silence.

Enfin, le moment tant attendu : nous posons le pied sur l’îlot des phoques. Terre ! Terre en vue ! Nous avons manqué un peu de chance car aucun mignon mammifère n’est venu montrer son minois de près : l’humeur des phoques était à la paresse, tous allongés à quelques centaines de mètres sur cette île qui tenait du banc de sable et de goémon.

En accostant, la première chose qui frappe, c’est le bruit. Le bruit du vent ? Un bruit étrange, comme des râles aigus, un cri de fantôme enroué, un peu plus et on n’y prêtait pas attention, ça ressemble au bruit de quelqu’un qu’on égorge, rien à signaler. Si le guide ne nous avait rien dit, on passait complètement à côté… c’est le bruit de la colonie de phoques ! Une fois les oreilles grandes ouvertes, c’est une évidence : voilà le bruit que font cinq cents phoques en train de se dorer la pilule. Ils ne prennent pas le frais en silence, ça non : ils braillent, se battent, s’ébrouent, s’avertissent, bref un spectacle pas si éloigné de celui des plages de la Côte d’Azur envahie par les aoûtiens.

Et tout ça, comme le sais-je ? Hormis nos gilets de sauvetage et nos jouets pagaies, nous avons aussi un élément indispensable : les jumelles. Sans elles, nous n’aurions pas vu grand-chose, car les phoques étaient quand même assez loin. Mais dans l’objectif, c’est magique. De loin, on ne voit qu’une masse mouvante de petits points noirs… dans les jumelles, c’est une cacophonie de corps emmêlés, de phoques qui dressent leur nageoires, se bouffent le nez, plongent à l’eau, une vraie masse en mouvement ! Sur la photo ci-dessous, toute la bande noire dans l’eau juste en-dessous de l’horizon se compose de phoques, même si l’échelle est difficile à voir.

Ce que nous avons vu, ce sont des phoques gris. On peut les observer en Europe du Nord et Amérique du Nord, et ceux-ci sont des résidents de Kouchibouguac. Ils peuvent mesurer jusqu’à 3, 3 mètres et peser jusqu’à 300 kg pour les plus gros mâles… Pas étonnant qu’on ait pu les observer de loin ! À ma connaissance, on ne voit pas de « blanchon » (les bébés phoques trop mignons chers à Brigitte Bardot) ici, car ils naissent plus au nord, notamment aux Îles de la Madeleine (une autre activité sur ma liste, ça : observer les bébés phoques en vrai aux Îles). Le phoque n’est malheureusement pas protégé au Canada mais ici, au parc, la colonie n’est pas accessible toute l’année et on se contente d’un safari photo.

Le guide nous avait mis en garde : sous le vent, inutile de s’approcher, on va les faire fuir. Mais impossible de résister. Honnêtement, on l’a fait, tu l’aurais fait aussi : on a essayé de se rapprocher à pas de loup. Mètre par mètre, assis, à soulever notre fessier pour tenter de grappiller quelques mètres. Quelques dizaines de mètres. Quelques centaines de mètres. Les phoques sont à 500 mètres, à 400, à 300. Dans les jumelles, on voit bien que ça devient un peu nerveux, tout ça, mais on avance comme on peut.

Et là, c’est le drame.

Sûrement épouvantée par notre odeur pestilentielle, un bon quart de la colonie s’est jeté à l’eau comme un seul homme à peine la barre des 200 mètres franchies. Plouf. Cent cinquante phoques qui nous ont fait un plongeon synchronisé… honnêtement, rien que pour ça, cela valait le déplacement. Note artistique : 10/10.

Il est temps de rentrer : la sortie dure trois heures, et nous avons bien mis 25 minutes à pagayer pour venir. Fatalement, il faut refaire le chemin dans le sens inverse Heureusement, le moteur est là pour venir à notre aide, même si nous pagayons avec le courant. Nous sommes chacun dans nos pensées, à revivre l’instant magique d’avoir presque touché du doigt une colonie de phoques.

Et pour vous donner un petit avant-goût où l’on voit vraiment des phoques (une chronique sur des phoques… sans une seule photo de phoque, ce n’est pas sérieux !), voici cette vidéo de Tourisme NB :

C’est où ?

Bon voyage

Depuis Moncton, prendre la route 11 en direction de Miramichi et prendre la sortie 69. Prendre en direction du village de Saint-Louis et continuer tout droit sur le Chemin du Cap jusqu’à arriver à un petit port : le quai du Cap-Saint-Louis.

Infos pratiques

  • Sortie possible de mi-juin à mi-septembre, sur réservation auprès du parc national de Kouchibouguac au 506-876-2443 ou à l’accueil.
  • 35 $ par adulte
  • Départ à 8 h 30
  • Une collation est servie sur l’îlot pour observer les phoques le ventre plein

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