NOUVEAU-BRUNSWICK // Au sommet du Mont Carleton

Certaines personnes ont le pied marin. Elles aiment la houle et les embruns, se délectent du roulis et du tangage, et s’épanouissent les yeux rivés sur l’horizon.

Moi, j’ai le pied alpin. Le pied qui aime monter et descendre, cheminer à pas lents vers un but qui rapproche du soleil. J’aime l’air piquant de la montagne et son changement de végétation, je me délecte des pierriers et des éboulis sur lesquels glisser en croyant s’envoler. Mais moi aussi, je m’épanouis les yeux rivés sur l’horizon, un horizon vertical qui m’emmène toujours plus haut. Un horizon tout aussi bleu et chargé de promesses.

C’est pour ça que depuis trois ans que je suis ici, mes pensées n’ont cessé de revenir au Mont Carleton. Le point culminant du Nouveau-Brunswick, et plus encore : des provinces maritimes (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Île du Prince-Édouard). Le dernier petit géant des Appalaches qui toise les cimes du haut de ses 817 mètres. Un colosse qui semblera dérisoire à ceux qui tutoient le toit de l’Europe ou du monde, mais dont l’envergure et la présence font vite oublier que la mer n’est pas si loin.

 

Lors de mon road-trip en Acadie, j’ai fait le détour pour aller voir de plus près cette montagne et le troupeau de dix millions d’arbres qu’elle mène à la baguette, paraît-il. Je pèse mes mots : le parc provincial du Mont Carleton n’est sur la route de rien, il est un détour à part entière, mais de la plus belle sorte : le détour qui transporte et surprend, qui nous amène à l’essence de l’été au Canada : un lac, des montagnes, du camping, surtout pas de réseau mobile et encore moins d’Internet. La Nature à l’état pur.

Pour atteindre ce sommet, il faut de la patience : une fois arrivés à Saint Quentin, l’entrée du parc est à une quarantaine de kilomètres. Il faut compter encore une quinzaine de kilomètres sur une route en gravier et enfin, enfin, on peut commencer.

Enfin c’est parti !

Le sentier est bien balisé, aucun risque de se perdre. Il commence par descendre avant d’atteindre un petit cours d’eau qu’on remontera pendant une bonne heure. L’humidité donne à la mousse des proportions et des couleurs hors de ce monde, et on grimpe en souriant en se croyant dans un Disney.

En parlant de Disney, j’avoue avoir un faible pour ses chansons pour faire fuir les ours. Le parc est en pleine terre des ours, il ne faut jamais l’oublier, surtout quand on part seul. Grâce à mes reprises toutes personnelles de l’intemporel Prince Ali, oui c’est bien lui, du Cycle de la Vie et bien évidemment d’Il en faut peu pour être heureux, je suis absolument certaine qu’aucun ours ne veut plus jamais approcher de ce sentier, les tympans crevés par mon enchaînement de couacs surhumain. Si on m’avait dit que chanter faux pouvait sauver la vie…

Le sentier fait une boucle de 9 km, dont 5 en montée. Les trois premiers me prennent deux heures : ça monte fort, Indiana tire avec un rythme tout à fait aléatoire et me fatigue, sans compter l’époumonnement dû aux chansons. Mais ce n’est rien en comparaison au dernier kilomètre : une heure à lui seul, un exploit !

Un enchevêtrement de rochers nous attend au sommet. Si vous voyagez avec des enfants ou un chien, je vous conseille de prendre le sentier alternatif sur la gauche avant le sommet, légèrement plus long mais plus facile. Sinon, attendez-vous à faire des pieds et des mains, à porter vos enfants, votre chien, et à finir épuisé au sommet.

Mais quel sommet ! Il se fait attendre pour faire durer le plaisir, et la fin se joue sur une ligne de crête dont on ne sait pas trop où se trouve le point culminant. Peu importe : désignons arbitrairement le petit refuge pour sommet, et profitons de la vue.

Nous voici sur le toit du monde ou presque, à contempler à 360 degrés la province et ses forêts. Dix millions d’arbres, vous êtes sûrs ? À vue de nez, j’aurais dit beaucoup plus… Les lacs émaillent cette mer verte presque intacte, et on ne peut que s’émerveiller devant la force de cette Nature tranquille qui recouvre tout, a toujours tout recouvert et recouvrira sans doute tout après le bref passage de notre espèce sur Terre.

Autre force de la Natre : le vent à décorner l’orignal qui souffle au sommet. Le refuge est le bienvenue pour pique-niquer à l’abri des bourrasques, sans rien perdre de la vue. Cette vue dont je me rends ivre pendant qu’Indiana se repose, terrassé par cette ascension un brin au-dessus de ses forces de chien adolescent qui ne sait pas encore ménager son énergie.

La descente est moins mouvementée. Je décide de continuer la boucle et de prendre le chemin le plus court : un chemin en pierre moins bucolique mais plus direct, qui nous emmène au stationnement en une heure. On savoure les dernières petites fleurs rases et les derniers soupçons de panorama avant de s’enfoncer à nouveau dans la forêt.

Photo bonus : chien fatigué, chien heureux ! Indiana était très heureux ce soir-là 🙂

Bonne route Rejoindre Saint-Quentin sur la route 17, puis prendre la 180 Est, et la 385 Sud. LA route est en partir en gravier à partir de l’embranchement avec la 385.

Bonne nuit Le parc comporte un camping avec des emplacements avec ou sans services (eau/électricité). Pour un emplacement nu mais avec une table et un foyer, comptez 28 $ (en espèces).

Infos pratiques

  • Les frais d’entrée au parc sont de 10 $ par jour/véhicule, à régler impérativement en espèces !
  • Prévoir de l’eau et des provisions en quantité suffisantes, car le parc ne propose que des snacks très basiques.
  • On est au pays des ours : un spray anti-ours, une clochette ou une voix qui porte sont de rigueur.

Et vous, vous avez plutôt le pied marin ou alpin ? Vous avez des sommets qui vous obsèdent ?

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