NOUVEAU-BRUNSWICK // Arpenter le sentier Dobson : la randonnée

Maintenant que tu sais comment on s’est préparés à cette randonnée impressionnante (à nos yeux de néophytes) qu’est le sentier Dobson, voici nos impressions :

Premier jour

Le chien est au chenil, le chat a sa pyramide de croquettes pour tenir trois jours, nous avons récupéré les amis qui vont prendre soin de notre voiture et venir nous chercher à la fin du sentier dans deux jours… et c’est parti !

Nous avons décidé de marcher dans le sens Fundy > Riverview, pour subir moins de montées et arpenter des lieux moins fréquentés. Nous décidons sur un coup de tête de partir du sentier des chutes Laverty, dans le parc de Fundy, au lieu du point de départ officiel, pour s’éviter 20 km, soit environ 30 minutes, sur une piste caillouteuse. Cela nous ajoute 5 km mais aucun regret : les sentiers du parc du Fundy sont impeccables et la forêt est magnifique, c’est un bon échauffement (d’une heure, l’échauffement, quand même).

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Nous passons un gué et arrivons sur le sentier même. Il s’agit du plus vieux sentier toutes-saisons entretenu par des bénévoles en Amérique du Nord, excusez du peu ! À certains endroits, on voit bien que les bénévoles ont fait comme ils pouvaient, surtout sur les tronçons marécageux, mais le sentier est globalement entretenu et surtout bien balisé. Des marquages bleus sont visibles tous les 5 à 10 mètres et jamais nous n’avons dû faire demi-tour faute d’un balisage soigné. Bravo, les bénévoles !

Nous pique-niquons au km 48 (je te rappelle qu’on a commencé à la fin, au km 58. Avec nos 5 km de mise en jambe, c’est donc 15 km que nous venons de parcourir avant le déjeuner…). Nous sommes ravis de nous alléger légèrement. Une table de pique-nique providentielle a fait son apparition, nous sommes au bord d’un lac. On est bien. Gare à la sieste qui guette…

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Le paysage est varié : forêts de fougères, prairies marécageuses, hautes futaies enchantées du Seigneur des Anneaux, routes de débardage… Routes de débardage ? Et oui, sur au moins 10 km répartis en plusieurs tronçons, le Sentier suit ces pistes sorties de nulle part, qui ne semble aller nulle part, sur lesquelles on ne croise nulle âme qui vive… Un petit air post-apocalyptique à la canadienne, sur des routes du bout du monde.

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À défaut de nous transporter dans un autre ailleurs, les forêts de fougères nous transportent dans un autre temps. Une ère géologique différente, où tout est plus grand, différent : les fougères, les chenilles grosses comme la paume, les libellules avec leur vol fou. Pas d’ours en vue, pas plus que d’orignaux ni de moustiques. Nous ne croiserons qu’un chien domestique et son maître.

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On ne croise d’ailleurs pas grand monde du tout. Le « pic » de fréquentation apparaît vers 17 h, à l’heure où les Canadiens s’arrêtent pour manger : sept personnes croisées en moins de dix minutes, aux abords d’un emplacement de camping. Nous arpentons un sentier sauvage, nous faisons du camping sauvage, nous sommes sauvages : nous marcherons deux kilomètres supplémentaires (et à ce stade de la journée, on les sent passer) pour monter le camp SEULS au kilomètre 36, au bord d’un petit ruisseau, sur un emplacement dédié avec plein de bois pour faire du feu.

Je pétoche à fond car c’est ma première nuit dans une Nature sauvage et indomptée. De ma vie. Je pétoche à cause des ours qui pourraient venir grignoter nos provisions, ou nous attaquer dans la tente. Je pétoche à cause du noir, angoissée comme une enfant de cinq ans à l’approche de la nuit, le crépuscule réveille des peurs primales.

Nous allumons un feu de camp. Fascination primitive pour ces danseuses rassurantes que sont les flammes, qui réchauffent le cœur, éloignent les moustiques, brûlent la rétine et font oublier ce qui se trouve hors de leur lumière.

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Fourbus, éreintés, contents (mais pétocharde), nous fermons les écoutilles dans la tente à 20 h 30. Il fait déjà noir.

Deuxième jour

L’entrain s’est en peu évanoui après une nuit épouvantable : le ruisseau si pratique pour boire hier a glouglouté toute la nuit, des véhicules motorisés passaient à proximité (mais où ?), une racine serpentait exactement sous ma troisième vertèbre… Une nuit pas franchement reposante. J’imagine qu’on s’y fait, aux nuits en camping. Il nous faut plus d’entraînement 😉

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Il faut pourtant continuer. Alors on marche. Le savais-tu ? Le cerveau est doté d’un mode « pilotage automatique » très pratique. Il suffit de l’enclencher et il parcourra des dizaines de kilomètres sans se poser trop de questions. J’admire Cheryl Strayed, l’auteure du livre « Wild », partie arpenter le sentier des crêtes du Pacifique pour réfléchir sur la vie, la mort, le deuil… Moi, je n’ai pu réfléchir à rien. Tout le sang de mon cerveau est parti alimenter mes jambes, il ne m’en restait assez au cerveau que pour penser à la prochaine borne kilométrique.

Surtout ne pas penser à tout le trajet, mais y aller kilomètre par kilomètre. Prévoir des pauses : on s’arrêtera au kilomètre 30. Au km 25. Étrange fluctuation que celle des kilomètres. On connaît tous la fluctuation du temps, cette notion intangible et si peu précise qui fait que cinq minutes peuvent sembler une éternité ou un clin d’œil. Sur le Sentier, la notion du temps n’a pas d’importance, seule compte la notion des kilomètres. Un kilomètre peut sembler une balade légère ou un parcours du combattant, peut se contracter ou se dilater selon le terrain, le soleil qui tape, l’approche du repas. Aucun kilomètre n’est semblable.

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À partir de 14 h, c’est le carnage. Je glisse dans une pente et me tord à moitié une cheville – plus de peur que de mal. Le sentier grimpe, grimpe et je souffre. Sans oublier toutes ces portions marécageuses qui nous ralentissement avec une efficacité redoutable : il faut sauter sur des rondins, traverser des ponts branlants, éviter la gadoue – le tout avec la musique d’Indiana Jones en tête la fatigue. La deuxième journée est décidément plus éprouvante, mais à cela que l’on reconnaît nos limites, voire qu’on les franchit. Ce jour-là, on les a franchies, nos limites. Plusieurs fois.

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À 16 h, nous sommes épuisés, avec nos 26 km dans les pattes. Il reste 10 km avant la fin. Il faut se décider : monter le camp ? Continuer ? Arrêter ?

La réponse nous vient du Sentier en personne. Alors que nous venons de passer devant un emplacement de camping sans le voir, nous tombons sur un embranchement : celui d’un sentier latéral, qui mène à une route, qui elle même mène à la civilisation. Nous étudions la carte, recoupons les témoignages des quelques autres randonneurs, qui nous ont mis en garde contre le marais de Riverview, et décidons que ce sera la fin du Sentier.

On peut dire qu’on reste sur une pointe de regret : celle de n’avoir pas fait le Sentier de A à Z, de bout en bout. Mais honnêtement, j’ai beau être têtue, la perspective de patauger plusieurs kilomètres dans de la boue ne rimait à rien.

Nous sommes néanmoins fiers des kilomètres parcourus, de cette aventure à notre échelle, qui nous ouvre la voie à bien d’autres périples en randonnée. Regarde comme on a l’air fiers !

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Et toi, tu as l’habitude des randonnées longue distance ? Tu as des conseils à nous donner ? Je t’attends dans les commentaires !    

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8 thoughts on “NOUVEAU-BRUNSWICK // Arpenter le sentier Dobson : la randonnée”

  1. […] C’est de celles-là que je vais vous parler aujourd’hui. Rien d’intense comme le sentier Dobson, mais des petites marches agréables, pour tous les […]

  2. Ohlala tu m’épates ! On compte faire de la marche pour notre prochain voyage mais rien comparé à ça ! Plutôt de longues balades de 3, 4h mais ce sera en altitude donc un peu éprouvant je pense. Et je n’ai pas du tout eu le temps de tester mes chaussures de marche 🙁
    J’ai horreur du camping, j’ai vraiment du mal à trouver ça amusant. Le sommeil c’est trop important pour moi !
    C’est un super chalenge en tout cas, et vous vous êtes bien débrouillés pour des débutants 😉

    1. Audrey

      Oui hein ? 😉 On n’est pas peu fiers, laisse-moi te dire ! Le mental doit énormément jouer. Je savais que j’avais une bonne préparation physique mais alors là on a battu des records ! En temps normal on atteint d’ailleurs assez rarement les 3-4 heures de balade dont tu parles (vous allez marcher dans le Sichuan ? :)… Je pense qu’on recommencera, mais pas trop souvent, parce qu’on a littéralement une semaine à s’en remettre physiquement (oh, les courbatures apocalyptiques des deux premiers jours…) !

      1. Pareil, on atteint rarement les 3-4 heures mais ces vacances vont être assez sportives. on a prévu de s’échauffer avec une petite course à pied ce samedi en Ekiden (moi je ne fais que 5 km et Monsieur 7.2).
        Il y aura déjà l’incontournable grande muraille où il faudra marcher pour s’écarter des touristes locaux, les différents parcs qu’on voudrait visiter au Sichuan, et surtout la partie sichuanaise du plateau tibétain. Je sens que je vais avoir besoin de repos au retour 🙂

  3. […] des exploits sportifs, ce n’est pas notre truc (et ce, même si avec Etienne, on peut parfois complètement se dépasser). Notre truc, c’est plutôt de trouver un bel endroit avec accès en […]

  4. […] de dénivelé… J’aurais adoré, mais il faut savoir reconnaître ses limites. Faire 27 km à plat en un jour, oui, mais six heures de marche en pente raide pour finir à 3 900 mètres […]

  5. […] à visiter en famille au Nouveau-Brunswick. Parce que si je peux t’en dire un rayon sur la randonnée, sur les îles, sur les spas… au niveau famille, je ne peux pas vraiment contribuer ! Voici […]

  6. […] à visiter en famille au Nouveau-Brunswick. Parce que si je peux t’en dire un rayon sur la randonnée, sur les îles, sur les spas… au niveau famille, je ne peux pas vraiment contribuer ! Voici […]

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