HAUTE-SAVOIE // Sur les traces d’Anna de Noailles

Le lac Léman, avec son cadre enchanteur, a toujours accueilli les artistes en quête d’inspiration ou de beauté. Outre les sempiternels Rousseau et Lamartine, ses rives ont été prises pour villégiature ou décor par Mary Shelley (autrice de Frankenstein) ou encore Louisa May Alcott (Les quatre filles du Dr March). La rive française a vu grandir une poétesse parmi les plus éclatantes de son temps, et quasiment tombée dans l’oubli à présent : Anna Elisabeth Bassaraba de Brancovan, plus connue sous le nom d’Anna de Noailles. Son ombre plane encore quelque part entre Évian-les-Bains et Amphion-les-Bains, et je vous propose de revenir sur ses traces à travers trois sites emblématiques.

Ce billet s’inscrit dans le cadre du rendez-vous mensuel #EnFranceAussi créé par Sylvie du blog Le Coin des Voyageurs. Chaque mois, retrouvez des articles sur un thème donné vu par l’œil de nombreuses blogueuses. Ce mois-ci, le thème est le matrimoine sous l’impulsion de Delphine du blog In Rando Veritas. Le matrimoine consiste à mettre en valeur les sites ou œuvres liées aux femmes, célèbres ou non, et ce dans tous les domaines : art, architecture, politique, sciences, artisanat…

Essai Anna de Noailles

Le monument à Anna de Noailles à Amphion

Dans la mythologie grecque, Amphion est issu du viol d’Antiope par Zeus. Grand musicien et poète, il crée la ville de Thèbes par la force de sa lyre et de sa colère contre les embrouilles perpétuelles de l’Olympe. Il finit par se suicider après la mort de ses enfants. S’il est plus probable que le village d’Amphion tire son nom du savoyard anfion, mot à la sonorité et la graphie malheureuses qui signifie « petit ruisseau », je suis sûre qu’Anna de Bassaraba de Brancovan aura goûté au mélange mythologique de poésie et de mort qui domine l’histoire d’Amphion. On pourrait voir dans ce toponyme le signe avant-coureur de son goût pour la poésie, mais celui-ci est plutôt à chercher du coté de sa famille : Anna est tout simplement une princesse.

Amphion c’est ma vie, oui ce fut là le Paradis

Son père, Grégoire Bassaraba de Brancovan, est un aristocrate de Roumanie de la lignée des Craiovescu. Sa mère, Raluca Moussouros, est une pianiste grecque. Ce mélange d’art et de fortune est un terreau fertile pour cultiver le goût des arts chez les petits Brancovan, Constantin, Anna et Hélène, en cette fin de siècle bercée par le mouvement romantique – Anna est née en 1876. À 8 ans, elle écrivait ceci à son frère parti en vacances :

Je suis heureuse de te savoir heureux, car nous trois, nous ne formons qu’un trèfle. Il est vrai qu’une des trois feuilles s’est détachée de la tige pour aller plus loin, mais j’espère avec bonheur que le vent la repoussera auprès de nous.

Je ne sais pas vous, mais moi, à 8 ans, j’écrivais les aventures de Bidule le chat et elles étaient plus courtes que cet extrait.

Les Brancovan se partagent entre Paris et Amphion, où ils passent leurs étés à la villa Bassaraba. Tous les ingrédients sont là pour faire des rives du Léman le paysage idéal pour Anna, qui y passe des étés merveilleux, alors que ses parents reçoivent des lettrés et des aristocrates, des châtelains et des musiciens. Toute une bonne société en effervescence, typique de la Belle Époque. Entre sorties en bateau et après-midi alanguis sous les grands arbres du domaine, couchers de soleil splendides et une ambiance lacustre propice à l’imaginaire, c’est toute la poésie d’Anna de Noailles qui sera hantée par l’impression durable que lui laisseront ces étés insouciants.

Le lac, en été, est un satin tendu, plus soyeux que l’éther, moins que lui cristallin. (…) Là j’ai vraiment connu la joie, visiteuse forcenée, archange tumultueux qui pénétrait en moi avec toutes ses ailes pour m’entraîner, trébuchante de radieux vertige, vers les régions illimitées de l’espérance.

(Source : le blog comtessedenoailles.blogspot.com)

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Le parc du Miroir, où se trouve le monument le plus facile d’accès à la mémoire d’Anna de Noailles, est situé en lisière de la plage municipale. Ces cinq hectares plantés de cèdres sont un vestige de grandes propriétés qui bordaient autrefois le lac, et rachetées depuis les années 1980 par le conservatoire du littoral. Il y flotte encore comme un air de Belle Époque, quand les plus aisés n’hésitaient pas à se faire construire des villas les pieds dans l’eau au cœur d’immenses parcs arborés. On peut y admirer un petit monument en ciment pourvu d’un portrait d’Anna, d’un panneau résumant sa vie et dont l’arche proclame ces mots :

Étranger qui viendra quand je serai morte contempler mon lac genevois

Laisse que ma ferveur t’exhorte dès à présent à bien aimer ce que je vois

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Difficile de ne pas « bien aimer » ce qu’on peut voir depuis ce parc : à l’est la barre rocheuse des Mémises et la Dent d’Oche au-dessus d’Evian, les Alpes suisses en toile de fond si le temps est clair. Lausanne au nord, à seulement 12 kilomètres, et le Jura qui se dresse à l’ouest. Depuis la villa Bassaraba, Anna avait certes une vue moins ouverte sur les montagnes, mais on comprend sans peine son amour pour ce paysage rassérénant, cette douceur du lac mêlée au grandiose des montagnes qui ne peut qu’éveiller l’imagination.

Je n’ai pas trouvé d’informations sur ce petit monument : ni son auteur, ni sa date de construction, ni sa symbolique, ni même ce qu’il fait à cet endroit. Les vers qui l’ornent font un doublon curieux avec ceux du jardin votif consacré à Anna de Noailles (voir plus bas), et peut-être a-t-il été érigé pendant une période de rénovation de ce dernier.

Où trouver le monument à Anna de Noailles à Amphion

  • Stationnez à la plage municipale d’Amphion-Publier. Depuis la grande plaine de jeu, suivez le lac en direction de l’ouest (vers la gauche). Le monument est à quelques centaines de mètres derrière la première rangée d’arbres.
  • Accès libre, toute l’année.

Amphion parc des cèdres monument Anna de Noailles

Le jardin votif Anna de Noailles

En 1897, à 19 ans, Anna se marie avec Matthieu de Noailles. La cérémonie civile a lieu à Publier, et le mariage religieux à Evian, avec 400 convives. À en croire certaines sources, Anna est très appréciée de la population, mais je ne sais pas s’il s’agit de la réalité ou d’une vision de l’époque, qui fantasme ses aristocrates en bienfaiteurs de la plèbe.

De Noailles est un aristocrate, ce qui fait d’Anna une comtesse. Sa carrière littéraire débute à 21 ans avec la publication de son premier recueil de poèmes, Le cœur innombrable, immédiatement encensé, notamment par l’Académie française – reconnaissance que je trouve très étrange, quand on sait à quel point l’Académie  est peu encline à saluer la nouveauté. Mais avec ses origines aristocrates et sa fortune, elle fait elle aussi partie des puissants, et on sait à quel point ils aiment se jeter des fleurs entre eux. Anna de Noailles écrit des poèmes lyriques relativement classiques, en alexandrins, qui exaltent les saisons et l’amour.

Je verrai scintiller, dans la nuit sans égale,

Sur ce terrain d’amour aux rosiers si clément,

La rose du Calife et celle du Bengale,

Et mes tendres rosiers des soirs du lac Léman

Elle passe le plus clair de son temps à Paris, où elle tient des salons littéraires avec le gratin intellectuel de l’époque. Elle correspond avec Marcel Proust et chez elle, on croise des écrivaines et poétesses comme Colette, Lucie Delarue-Mardrus, Gérard d’Houville (Marie de Heredia), Renée Vivien… Dans le recueil Je serai le feu, anthologie de poésie féminine compilée par Maureen Wingrove (Diglee), son nom revient encore et encore, à mon grand étonnement. Toutes les poétesses de la Belle-Époque et de l’entre-deux-guerres semblent l’avoir fréquentée.

Ce que je retiens de sa vie parisienne, c’est l’extraordinaire effervescence qui semble s’en dégager, une suite de salons littéraires, de soirées mondaines. Anna de Noailles fait partie de l’élite intellectuelle française de l’époque, elle est appréciée ou du moins respectée de tous, même si dans ses dernières années, il semblerait qu’elle soit devenue une vieille pie qui radote à tout bout de champ sur des airs trop connus. Signe de son influence et du respect qu’on lui voue, elle est la première femme à devenir commandeure de la Légion d’honneur en 1931.

Tout ceci m’amène au jardin votif, que je vois comme le symbole de son importance dans la vie littéraire et politique de l’époque. Il a été construit après la mort d’Anna, à l’initiative de Louis Barthou (alors ministre des affaires étrangères) avec le soutien des artistes, aristocrates et intellectuels de l’époque, dont Paul Valéry. Selon ce dernier, il semblait « juste et sans exemple » de rendre un hommage durable à Anna et de perpétuer son souvenir dans un lie empreint de poésie. De grands noms de l’époque se rallient à cette idée, et c’est ainsi que le jardin est construit de 1936 à 1938.

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Malgré ses proportions modestes, on ressent bien la déférence des personnes qui ont conçu ce jardin, véritable petit sanctuaire poétique. Le terrain a été cédé par Constantin de Brancovan, frère d’Anna, amputant légèrement le domaine de Bassaraba. Derrière le mur de gauche, la villa Bassaraba se cache sous les arbres, et vous aurez de la chance si vous pouvez ne serait-ce que l’entrapercevoir. C’est malheureux mais elle ne se visite pas.

Un panneau résumant sa vie nous accueille avant de descendre en direction du lac. À mi-chemin, un grand arbre est cerné d’un escalier en deux parties qui nous permet d’admirer le petit pavillon signé Emilio Terry en 1938. Celui-ci a fait le choix de poser le lac Léman en décor pour mieux exalter la contemplation et rappeler l’amour qu’Anna de Brancovan lui portait. Le petit pavillon contient une urne gravée de la même citation qu’au parc du Miroir et des armoiries au plafond. Des marches descendent dans le lac, invitant le regard à se plonger dans ses eaux.

À ma visite, en décembre 2021, le jardin n’est pas exactement à son plus bucolique, entre étang artificiel vide, feuilles tombées et arbres nus. Pour autant, l’atmosphère quasi-gothique de cet escalier jonché de feuilles qui n’ont visiblement pas bougé depuis l’automne, sans âme qui vive, n’était pas pour me déplaire. Je regrette simplement la présence d’affreux grillages en plastique verts pour soustraire les propriétés voisines aux regards.

Oh, et au fait : contrairement à ce qu’indique le Petit Futé en ligne, le cœur d’Anna de Noailles ne se trouve pas du tout dans l’urne, mais au cimetière de Publier, et c’est la troisième étape de ce petit périple sur ses traces.

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Où trouver le jardin votif d’Anna de Noailles

  • Ce jardin est à la fois extrêmement facile d’accès puisqu’il se trouve sur l’avenue Anna de Noailles, la route entre Amphion et Evian, et un cauchemar tant il est difficile à apercevoir et à s’y garer. En arrivant d’Amphion, il se trouve peu après l’Hôtel des Princes. Ouvrez l’œil, car seule une plaque bleue signale ce jardin étroit.
  • Google Maps répertorie ce lieu sous le nom « Jardin votif Anna-de-Noailles »
  • Stationnement : le stationnement étant interdit devant l’entrée juste à côté du jardin, vous devez vous garer de l’autre côté de la route : il y a assez de places pour deux ou trois voitures. Attention en traversant, car il n’y a pas de passage pour piétons et aucun automobiliste ne s’attend à en voir sur ce segment.
  • Vous pouvez facilement y accéder en vélo mais je vous déconseille fortement d’y aller à pied : cette partie de route est droite, sans trottoir et les voitures y roulent à 70 km/h.
  • Entrée libre, ouvert toute l’année

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Le cœur d’Anna de Noailles au cimetière de Publier

Adulte et poétesse accomplie, Anna retourne toujours passer ses étés à Amphion mais peu à peu, la magie des lieux se teinte de nostalgie. Ses poèmes se tournent vers les deux grandes blessures de la vie : l’amour et la mort. Ses séjours s’espacent après 1917, elle ne reviendra qu’en 1925, puis 1927. Finie l’insouciance : la villa Bassaraba devient le sanctuaire de son enfance et de sa jeunesse, et on retrouve cette nostalgie dans des poèmes comme Il fera longtemps clair ce soir ou L’automne en Savoie.

Nous avons tous les jours l’habitude de voir
Cette route si simple et si souvent suivie,
Et pourtant quelque chose est changé dans la vie,
Nous n’aurons plus jamais notre âme de ce soir…

Anna de Noailles meurt à 56 ans à Paris. Elle n’a plus revu le lac Léman depuis quelques années. Si Anna de Noailles repose dans les caveau des Brancovan au cimetière du Père-Lachaise (dont je vous invite à lire ma visite ici), son cœur, lui, est inhumé à Publier. Sur sa stèle, ces mots :

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Il s’agit d’un extrait du poème suivant :

C’est là que dort mon cœur, vaste témoin du monde,

Que tout blessait, à qui tout plut

Les astres cesseront un jour leur noble ronde,

Tout siècle sera révolu,

Puisque, malgré la force et le feu qui l’inondent,

Ce cœur infini ne bat plus !

 

Sa présence au cimetière municipal de Publier est assez incongrue, je dois dire, entre les tombes des pékins lambdas que nous sommes. Sa stèle n’a rien de grandiloquent, contrairement à ce qu’on pourrait attendre de ce personnage hors normes. Seule la haie et le petit arbre la démarquent des autres tombes ; et encore, il serait facile de passer à côté sans la voir. Savoir que seul son cœur repose ici a quelque chose d’émouvant, comme si toute l’émotion qu’Anna a ressentie pendant ces étés enchantés était concentrée dans cette stèle.

Pur produit de son époque et de ses origines aristocrates, Anna de Noailles incarne pour moi à merveille le côté suranné des petites villes cossues au bord du Léman, ancrées à jamais dans la Belle Époque. Le livre Goûter au paradis m’apprend qu’elle refusait le qualificatif de « poétesse », aussi ai-je hésité à l’en affubler – mais toute aristocrate qu’elle fut, j’ai envie de croire qu’elle n’aurait pas récusé l’esprit dans lequel nous utilisons ce qualificatif aujourd’hui : pour rendre les femmes plus visibles et non pour moquer leur féminité, comme c’était le cas à son époque. J’ignore si Anna de Noailles était féministe mais en 1904, aux côtés de Jane Dieulafoy, Julia Daudet et d’autres femmes, elle crée le prix « Vie Heureuse » de la revue du même nom : c’est l’ancêtre direct du prix Fémina. Avec son jury entièrement féminin, d’ailleurs présidé par Anna en 1904, il récompense le meilleur texte de l’année. Une révolution pour l’époque, et une démarche dont on ferait bien de se souvenir en 2022, quand trop de prix littéraires sont encore décernés entre hommes, qu’il s’agisse des nominés ou des jurés.

Je terminerai par un autre de ses poèmes sur le thème de la mort que je trouve splendide :

Et pourtant, il faudra nous en aller d’ici,

Quitter les jours luisants, les jardins où nous sommes,

Cesser d’être du sang, des yeux, des mains, des hommes,

Descendre dans la nuit avec un front noirci,

Descendre par l’étroite, horizontale porte,

Où l’on passe étendu, voilà, silencieux ;

Ne plus jamais vous voir, ô Lumière des cieux

Hélas ! Je n’étais pas faite pour être morte…

Où trouver le cœur d’Anna de Noailles à Publier

  • Stationnez en-dessous du cimetière de Publier, au 176-188 route du pays de Gavot.
  • Une fois dans le cimetière, dirigez-vous vers le fond de la première partie, puis sur la gauche. La stèle est entourée d’une haie et surplombée d’un arbre. De mémoire, c’est le seul arbre de cette parti du cimetière, vous devriez le voir sans problème.

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Bonus : le lycée Anna de Noailles

Si vous cherchez des informations sur Anna de Noailles à Évian-les-Bains, il y a des chances pour que votre recherche vous amène invariablement vers le lycée Anna de Noailles. Saviez-vous que seuls 19 % des établissements scolaires portent le nom d’une femme ? Je suis assez fière que mon ancien lycée ait choisi d’honorer la mémoire de cette poétesse.

Ce dont je ne suis pas fière, en revanche, c’est de n’avoir absolument jamais étudié le moindre de ses écrits. Les choses ont peut-être changé, et j’ai bon espoir que des enseignantes soucieuses du matrimoine aient glissé quelques-uns de ses poèmes au détour d’une classe. Le matrimoine ne se résume pas à des sites historiques : redonner aux femmes la place qui est la leur dans les programmes scolaires, les étudier sans les ramener sans cesse à leur condition féminine, les rendre visibles dans les sélections artistiques, tout cela compte.

Autre lacune : à ma connaissance [source : ma visite en décembre 2021] aux abords du lycée, pas la moindre plaque n’explique qui était Anna de Noailles, ni quel est ce château mystérieux dans son enceinte. Pour tout vous dire, avant d’écrire ce billet, j’étais persuadée qu’il s’agissait du « château de Noailles » et qu’Anna de Noailles y avait vécu ! Rien de tout cela : il s’agit du château du Martelay, construit certes à la fin du XIXe siècle, mais qui n’avait aucun lien avec notre poétesse [je n’ai pas plus d’infos à son sujet, d’ailleurs].

Si vous tenez à effectuer un petit pèlerinage sur les traces d’Anna de Noailles, pourquoi ne pas vous approcher du lycée ? Le bâtiment récent en soi n’a rien de mémorable, mais vous pouvez toutefois faire une petite promenade agréable autour de son enceinte, en vous imaginant en aristocrate de la fin du XIXe siècle.

Le plus simple reste de se garer au parc Dollfus, lieu représentatif de la Belle Époque avec sa villa et son parc en front de lac. Suivez le bord du lac vers l’est (à droite) pour trouver un petit chemin qui longe le bas de la clôture du lycée. On dépasse le cadre du matrimoine, mais j’en profite pour vous dire que j’y ai passé trois années assez agréables et je pourrais vous raconter des souvenirs de la classe de latin à l’étage inférieur, ou des incroyables cours de kayak au départ de la base nautique du parc Dollfus. Pour l’anecdote, lors de mon année de seconde, le réfectoire du lycée était encore dans le château du Martelay, tel un petit Poudlard, et l’été, on y déjeunait en terrasse. Vous verrez son entrée en remontant le petit chemin, petite porte dérobée de côté. En été, on peut se baigner au parc Dollfus, ou continuer son chemin pour se promener tranquillement en direction du quai et de ses glaciers, voire de la statue de Khourchidbanou Natavan.

Evian lycée Anna de Noailles château du Martelay

Le bonus matrimoine : la statue de Khourchidbanou Natavan

La statue de Khourchidbanou Natavan, dis-je ? Une statue de femme ?? De femme sans nichons à l’air ? On salue à nouveau la ville d’Évian-les-Bains pour son progressisme en termes de matrimoine ! Depuis 2017, on peut voir au petit jardin de l’Azerbaïdjan la statue de Khourchidbanou Natavan, « grande poétesse azerbaïdjanaise« , et j’ai pensé que vous ne m’en voudriez pas de l’inclure brièvement à ce billet. On reste dans la poésie et le matrimoine, il n’en fallait pas plus. Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer pourquoi ce buste se trouve à Evian, en revanche, c’est un mystère.

Cette poétesse très instruite, polyglotte, animait des cercles littéraires à Choucha, une ville d’Azerbaïdjan. Son œuvre lyrique tourne autour de la disparition de son fils et de la condition des femmes. Malheureusement, ses poèmes ne semblent pas avoir été traduits en français. Seul le site de la ville d’Évian propose une traduction d’une de ses oeuvres, poème déchirant dont voici un extrait :

Ma chair, vivrais-je sans toi ? et se peut-il que tu me laisses ?
Sans toi ma vie serait peuplée de larmes, ne t’en vas pas !
Mon sœur, lumière de mes yeux, auprès de toi voyait l’aube,
Sans toi le monde me serait infâme, ne t’en vas pas !

Evian matrimoine Khurchidbanu Niavan poétesse

Bibliographie

Et vous, connaissiez-vous Anna de Noailles ? Aimez-vous voyager sous le signe du matrimoine ? Je vous attends dans les commentaires ! Oyez, oyez. Ce billet contient des liens affiliés. Balade réalisée en décembre 2021.

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17 thoughts on “HAUTE-SAVOIE // Sur les traces d’Anna de Noailles”

  1. Il me semble avoir entendu son nom quelque part un jour sans me rappeler précisément. Le fait que je ne sois pas branchée poèmes ne doit pas aider. :S

    Merci pour la découverte ! 😀

    1. Audrey

      Honnêtement, si je n’étais pas allée au lycée Anna de Noailles, je n’aurais jamais entendu son nom !

  2. Itineramagica

    Quel article magnifique !
    Merci pour cette évocation superbe. J’adore les vers que tu cites…
    J’irai bientôt à Evian, et ton article sera mon guide sur les traces d’Anna !

    1. Audrey

      Ravie qu’il t’ait plu ! Je me réjouis de ta visite à Evian, j’ai hâte de la voir à travers ton objectif ! N’hésite surtout pas si tu veux des conseils.

  3. Merci pour ce très bel article avec les photos et les extraits de poème !

    1. Audrey

      Je suis ravie qu’il t’ait touchée !

  4. Je trouve que la plume qui a écrit ce texte est plus agréable à lire que celle d’Anna de Noailles ^^’ je ne suis pas très branchée poésie, mais d’un point de vue histoire, j’ai beaucoup apprécié ma lecture de ton article ! Merci pour cette balade sous les feuilles mortes !

  5. Moi qui ne connaissais ce nom qu’à travers une rue versaillaise, merci de combler mes lacunes littéraires. Très bel article…

  6. Quelle superbe balade matrimoniale et poétique tu nous offres ! La façon dont tu décris les lieux colle vraiment bien à ce qu’on imagine de la vie à la Belle Epoque, avec ce charme suranné. Une belle manière de rendre hommage – ou plutôt, femmage – à celle dont ton lycée portait le nom ! (Et le cadre de ce lycée a l’air juste incroyable).

  7. J’aime beaucoup le lac Léman, une très belle région ! Par contre je ne connaissais pas Anna de Noailles, merci pour cette découverte !

  8. encore un destin que je connaissais très mal, ce thème du mois est vraiment super!

  9. Très bel article, poétique à lui seul. Je ne connais pas ses poèmes ni son histoire. Alors je te remercie de « me l’avoir présentée ».
    En revanche je connais (et apprécie beaucoup) Renée Vivien que j’ai découvert tout récemment. Tiens si j’ai le temps j’en ferai un article pour le thème matrimoine.

  10. Ce mois de février me permet de découvrir l’existence, les talents et l’histoire de femmes que je ne connaissais pas et j’ai adoré celle d’Anna. J’avoue que le décor aide grandement aussi à nous la rendre fascinante!

  11. Ce nom d’Anna de Noailles me disait bien quelque chose mais je n’avais aucune idée de qui c’était avant ton article ! Un super portrait qui donne envie de lire ses poèmes (les extraits que tu as ms sont superbes). Merci pour cette belle découverte.

  12. Comme les autres avant moi, je connais son nom sans avoir jamais lu de ses poèmes. En même temps, je ne lis et apprécie la poésie que depuis très peu, donc je n’y connais pas grand chose.
    Sais-tu pourquoi une poétesse non traduite en française a une statue d’elle sans nichons à l’air ! Pu peut-être pourquoi il a un jardin de l’Azerbaïdjan ?

    1. Audrey

      Pourquoi ses nichons ne sont pas à l’air : la statue est un cadeau de l’Azerbaïdjan, je crois. Mais quant à savoir pourquoi l’Azerbaïdjan a fait un cadeau à Evian-les-Bains, c’est un mystère !

  13. Ce coin de Haute-Savoie est irrésistible ! Le (grand) lac, la montagne, les villes d’eau, les beaux villages (Yvoire), tout y est pour des vacances mémorables !

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