ÎLE DU PRINCE ÉDOUARD // Cavendish, la dolce vita canadienne

L’Île du Prince Édouard est un petit pays de Cocagne qui a tout du secret le mieux gardé au Canada. Faisant face au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle-Écosse dans le golfe du Saint-Laurent, cette province n’est reliée au continent par un pont que depuis 1997. Sa petite taille pourrait laisser entendre qu’elle aurait moins à offrir que d’autres provinces plus connues, mais ne vous y trompez pas. Ses falaises rouges et ses vallons fertiles offrent un paysage chaleureux qui incarne une douceur très différente de la rudesse d’autres parties du Canada. C’est aussi un lieu important pour toutes les passionnées de littérature, puisque la présence de Lucy Maud Montgomery est encore bien palpable sur l’île en général, et sur Cavendish en particulier. Venez, je présente Cavendish en deux lieux emblématiques.

Cavendish Green Gables maison aux pignons verts

Green Gables, la maison aux pignons verts

Le nom de Lucy Maud Montgomery ne vous dit peut-être pas grand chose de prime abord, mais si je dis Anne… la maison aux pignons verts, cela vous évoque probablement plus de choses, non ? Ce roman anglophone paru sous le titre Anne of Green Gables a écrit par Lucy Maud Montgomery en 1908 et son succès ne s’est jamais démenti. C’est un pilier de la littérature canadienne qui s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes.

Matthew et Marilla Cuthbert, frère et sœur vieillissants, ont besoin d’aide à la ferme et décident d’adopter un jeune garçon. Stupeur : c’est une orpheline qui est envoyée à la place. Anne Shirley a une dizaine d’années, une imagination débordante et une déveine sans limite. Pris d’affection, Matthew décide de lui laisser sa chance à la ferme. Au gré des chapitres, on lit tantôt les gentils malheurs d’Anne, tantôt son entrée dans l’adolescence et l’âge adulte. Ce roman est empli d’une tendresse qui explique sûrement son succès. Lucy Maud Montgomery a su camper Anne, l’orpheline qui n’a pas de filtre verbal et une imagination débordante, pour en faire un personnage emblématique qui a sûrement inspiré toutes les petites rousses espiègles de la littérature du XXe siècle, dont Fifi Brindacier. Plus de cinquante millions d’exemplaires ont été vendus depuis plus de cent ans, et Anne est même un roman culte au Japon !

L’histoire se déroule en majeure partie à Green Gables, la maison aux pignons verts de Matthew et Marilla. Si les lieux décrits dans le roman sont globalement fictifs, cette maison est fortement inspirée de la maison des MacNeil, des cousins éloignés de l’autrice mais chez qui elle avait l’habitude de passer du temps étant enfant. On y trouve aussi des lieux présents dans le roman comme l’allée ombragée Lovers’ Lane, Balsam Hollow et le bois “hanté” Haunted Woods.

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La visite commence dans un bâtiment converti en espace d’exposition consacré à Lucy Maud Montgomery. J’ai adoré cette exposition qui retrace le parcours de Lucy Maud, autrice passionnée qui s’est débattue contre les carcans de l’époque. On en apprend plus sur son envie dévorante d’écrire pour s’échapper à l’austérité de ses grands-parents qui l’élèvent, sur sa persévérance face aux refus de son manuscrit d’Anne… qui finira par payer avec sa publication en 1908. Lucy Maud Montgomery finira par publier une vingtaine de romans, des centaines de nouvelles et tout autant de poèmes, laissant une œuvre colossale dont Anne est évidemment le fleuron. La saga Anne compte d’ailleurs six volumes.

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Il est temps de passer à la légendaire maison aux pignons verts. Elle semble étrangement petite à côté du gros bâtiment d’exposition mais dès qu’on oublie un peu la grande structure, elle est parfaitement charmante. Un petit banc en contrebas de la maison permet de prendre son temps pour l’admirer. En ce début d’automne, les fleurs sont encore bien colorées et les asters et rudbeckias donnent des touches de couleur à cette maison blanche. Je demande à un guide si elle est repeinte fréquemment et elle me confie que la façade a droit à un coup de frais chaque année.

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Ma mère et moi nous relayons pour visiter l’intérieur : les chiens doivent rester au jardin et on comprend vite pourquoi. Si mignonnes soient-elles, les patounes boueuses ne feraient qu’une bouchée des superbes moquettes au rez-de-chaussée. Mes questions fusent et j’ai la chance de tomber sur une guide expérimentée qui peut répondre à presque toutes mes interrogations : oui, les MacNeil auraient eu de la moquette comme celle-ci à l’époque, oui ils étaient aisés, oui ce fourneau monumental est une merveille, non les papiers-peints ne sont pas d’époque mais ils sont dans le style de ce qui se faisait alors. À l’étage, on peut admirer une mise en scène de la chambre d’Anne et c’est délicieux. On y voit même l’ardoise qu’elle a brisé sur la tête de l’agaçant Gilbert Blythe !

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Oh, ces papiers peints de toute beauté !

À l’extérieur, la visite se poursuit avec trois courts sentiers d’environ 1 km chacun. Lover’s Lane est le plus bucolique : des arbres forment une belle canopée ombragée. Balsam Hollow longe un petit ruisseau en marge d’un terrain de golf, tandis que Haunted Woods, malgré son nom, n’a rien d’effrayant. Sans le prisme d’Anne, ces sentiers ne mériteraient pas le détour mais s’imaginer Lucy Maud y gambader enfant, et revivre certains passages du livre au détour d’un sentier rend cette visite agréable. Oh, revenir ici au mois d’octobre pour avoir le plaisir de citer un de mes passages favoris :

I’m so glad I live in a world where there are Octobers!” – Anne

“Je suis tellement heureuse de vivre dans un monde où le mois d’octobre existe !”

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Ensemble, la visite des deux bâtiments et les trois sentiers nous ont occupées une bonne demi-journée. La buvette était malheureusement fermée lors de notre visite (septembre 2021) mais il est aussi possible d’amener son pique-nique. Et pour ramener un exemplaire de Anne of Green Gables ou à peu près n’importe quel objet à l’effigie d’Anne, la boutique de souvenirs vous attend évidemment à la sortie.

Infos pratiques sur Green Gables

  • 8619 Cavendish Road, Cavendish
  • Ouvert de mai à octobre, généralement de 10 h à 16 h. Vérifiez les horaires d’ouverture en ligne ici.
  • Entrée : 7,90 $/adulte ou 6,60 $ pour les aînés. Gratuit pour les enfants.
  • Le site étant géré par Parcs Canada, il est compris dans le Passe Découverte annuel.
  • En juillet et août, des interprètes costumés sont présents sur le site.
  • Chiens autorisés dans le bâtiment d’exposition et à l’extérieur. Ils ne peuvent pas rentrer dans la maison aux pignons verts.
  • Plus d’informations sur le site de Parcs Canada ici.

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Le parc national de l’île du Prince Edouard

L’autre attrait de Cavendish, c’est le parc national du Prince Édouard. Cavendish elle-même est une station balnéaire déroutante pour des Européennes : une grande route, une succession de restaurants de chaînes, des cottages (petits chalets à louer). Un golf. Un étrange parc pour enfants avec des dinosaures. Rien de faisable à pied. Il faut s’enlever de la tête que c’est un village : c’est un regroupement d’activités et de services touristiques créé de toutes pièces autour du parc national. Il n’y a pas de centre-ville, pas de supermarché, pas de petites rues. Pour trouver la vraie vie, je vous conseille plutôt de loger à North Rustico. Et en 2021, la saison s’est terminée le premier week-end de septembre : en arrivant comme des fleurs le 20 septembre, tout était fermé ou presque.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas exactement tombée sous le charme de Cavendish. Heureusement, nous étions surtout ici pour visiter le parc national, qui est ouvert toute l’année. Le parc national de l’île du Prince Édouard se divise en trois secteurs sur la côte nord de l’île : Cavendish, Brackley-Dalvay et Greenwich. Ces trois secteurs ont pour vocation de protéger la côte sublime avec ses dunes paraboliques et ses colonies de pluviers, un paysage remarquable typique de l’île.

Après notre visite de la maison aux pignons verts et une bonne assiette de frites dans le seul restau ouvert à 10 km à la ronde, nous sommes prêtes à repartir pour une nouvelle balade. À l’entrée ouest, on nous conseille une promenade qui peut être aussi courte ou longue qu’on le souhaite : suivre le sentier polyvalent (marche et vélo) qui part du complexe de la plage Cavendish et pourrait nous mener jusqu’à Rustico Beach, à dix kilomètres de là. Moins ambitieuses, nous décidons de viser le belvédère OceanView, pour un aller-retour facile de 3 kilomètres environ.

Un détour s’impose au complexe de la plage Cavendish : une immense passerelle nous tend les bras et semble mener à une plage tout aussi imposante. Pas question de descendre se tremper les pieds puisque les chiens sont interdits sur le sable, mais nous savourons la vue de cette plage de sable blond et fin bien cachée derrière les dunes paraboliques, où des personnes prennent encore le soleil. C’est un paysage insolite pour le Canada, loin des forêts d’épinettes des Rocheuses, des eaux brunes de la baie de Fundy ou des phares de la Gaspésie.

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Il est temps de partir pour notre petite rando à travers les Dunelands. Le sentier commence fort avec une passerelle flottante sur un marais, qui permet d’observer algues et oiseaux au plus près. Nous sommes désormais à l’arrière des dunes. Si vous vous demandez en quoi consistent les dunes paraboliques, ce sont des dunes sont en forme de croissant dont l’intérieur est tourné vers l’eau. Elles sont très fragiles et il est interdit de marcher dessus, de peur d’abîmer les herbes qui garantissent leur équilibre. Pas d’herbes, pas de dunes ! Elles abritent aussi des colonies de pluviers siffleurs, adorables petits oiseaux menacés. Nous restons donc bien sur le chemin tout tracé.

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Au bout de notre étape, le belvédère Oceanview offre une vue magique sur les falaises rouges, l’emblème de l’île. Ces falaises ne sont pas bien hautes mais à l’heure dorée, elles prennent une teinte ocre inimitable. Deux plateformes permettent de les admirer et offrent quelques informations à la faveur de panneaux d’interprétation. Et surtout, nous nous affalons dans les fameuses chaises rouges de Parcs Canada pour simplement regarder passer les oiseaux au son des vagues en cette journée solaire.

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Si la marche, ce n’est pas votre fort, sachez que le belvédère OceanView est accessible en voiture et qu’il n’est qu’à une centaine de mètres du stationnement. Une autre option consiste ensuite à suivre la route le long du littoral en direction de North Rustico en profitant tout simplement des nombreux belvédères en chemin. C’est ce que nous avons fait le lendemain matin. Nous avons eu la bonne surprise de tomber sur cette arche rocheuse à quelques kilomètres de la plage de Cavendish (amies photographes, venez plutôt l’après-midi) ! Une excellente façon de quitter Cavendish en douceur avant de rejoindre Charlottetown pour la suite de la journée.

Infos pratiques 

  • Entrée : 7,90 $/adulte ou 6,60 $ pour les aînés. Gratuit pour les enfants.
  • Le site étant géré par Parcs Canada, il est compris dans le Passe Découverte annuel.
  • Il vous en coûtera seulement 3,90 $ si vous ne souhaitez que parcourir la route panoramique.
  • Les chiens sont les bienvenus sur les sentiers mais pas sur la plage.

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Arrêt gourmand : la miellerie Island Honey Wine Company à New Glasgow

Pas exactement à Cavendish mais suffisamment proche pour que je le mentionne : si vous aimez l’hydromel, ce vin de miel absolument savoureux, je vous conseille vivement le petit détour par la miellerie Honey Wine Company, à 15 kilomètres de Cavendish. Les adorables propriétaires se feront un plaisir de vous faire déguster leurs cinq vins sucrés tous plus mémorables les uns que les autres. Vous ne saurez jamais si nous avons fait cette dégustation à 11 h du matin à jeun et si nous sommes reparties avec trois bouteilles ou trois caisses de Nectar Sweet, leur vin le plus sucré !

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Infos pratiques

Aller à Cavendish

Cavendish se trouve à 1 h 45 de Moncton et 35 minutes de Charlottetown. Si vous arrivez du Nouveau-Brunswick, suivez les panneaux après le pont, c’est très bien indiqué. Attendez-vous à passer dans des petites routes vallonnées !

Où manger à Cavendish

Soyons claires : lors de notre visite, aux alentours du 20 septembre, Cavendish était fermée. Nous avons trouvé littéralement un seul restaurant ouvert, Chez Yvonne. Gloire lui soit rendu ! Nous y avons mangé des plats traditionnels : fish’n’chips, soupe et assiette de légumes. Après la fête du travail (premier lundi de septembre), venez avec des provisions ou visez plutôt les quelques cafés et restaurants de North Rustico, à une dizaine de kilomètres à l’est.

Où dormir à Cavendish et North Rustico

  • Hidden Acres Cottages, un domaine composé de petits chalets à deux minutes en voiture du parc national de l’Île du Prince Édouard. Les chalets donnent les uns sur les autres et ne sont pas exactement romantiques, mais en famille, c’est un bon endroit à 5 minutes de route de la maison aux pignons verts et 10 minutes de la plage de Cavendish.
  • À North Rustico, j’ai eu l’occasion d’essayer les North Rustico Motel & Cottages il y a quelques années, une option correcte plus proche d’une vraie vie de village.
  • Une option qui m’intrigue beaucoup à North Rustico : une maison tournante ! Pour environ 150 $ la nuit, ce n’est pas l’option la plus coûteuse de la région. Si vous essayez Around the Sea – Canada’s Rotating House, vous m’en direz des nouvelles ?

 

Si cette lecture vous a plu, voici d’autres billets sur l’île du Prince Édouard :

Et vous, connaissez-vous l’île du prince Édouard ? Que me conseillez-vous pour ma prochaine visite sur l’île ? J’attends vos conseils dans les commentaires ! Oyez, oyez. Ce billet contient de liens affiliés.

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4 thoughts on “ÎLE DU PRINCE ÉDOUARD // Cavendish, la dolce vita canadienne”

  1. Tu avais déjà parlé de ce roman dans un autre article, mais je ne connais vraiment pas du tout, ni le livre, ni l’auteur. :S
    En tout cas, la maison aux pignons verts est très mignonne et je trouve les papiers peints très sympas. Ils me rappellent ceux qu’il y a à la maison de Victor Hugo à Paris ! 🙂

    1. Audrey

      Tu n’as d’autre choix que de le lire désormais !
      Je suis intriguée par la maison Victor Hugo. Si elle a d’aussi beaux papiers peints, je ne peux qu’aimer !

  2. Je ne lis pas trop ce genre de roman mais pourquoi pas si je le trouve quelque part un jour.
    Si tu veux voir les papiers peints de la maison de Victor Hugo, tape “Hugo” dans le moteur de recherche sur la page d’accueil de mon site, c’est un vieil article pas encore remis dans le nouveau look d’ailleurs …

  3. Voila enfin une province reposante à visiter, ce ne sont plus des centaines de kilomètres entre deux arrêts, mais il faut tout de même du temps car les routes ne sont pas très roulantes. Anne bien sûr, il a fallu que je visite la maison pour me décider à lire le roman, je ne regrette pas, cela a gracieusement prolongé mon séjour sur l’ile.

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