Une journée à Evian-les-Bains, entre lac et histoire

Quand vous entendez « Douce France, doux pays de mon enfance », quelle image vous vient en tête ? Les vagues salées sous le vent âpre des côtes bretonnes ? L’odeur de la lavande sous les rayons ambrés du soleil provençal ?

Pour moi, l’image du « pays de mon enfance », c’est un pays de montagnes à dévaler drè par le pentu dans la peuffe en hiver et à gravir à la recherche de gentianes en été, toujours à la bade sous le soleil. C’est un pays avec une mer intérieure qui se déguise sous les atours bleu foncé d’un lac islandais pendant l’été indien. C’est un pays vert et bleu, où le fromage et la chèvre coulent à flots, où on se brûle les doigts aux brisolons en automne, où on tutoie les Alpes avec notre accent qui monte et qui descend, lui aussi, un accent qu’on a eu partagé avec nos voisins, cousins et ancêtres suisses. Arvi, donc !*

Le pays de mon enfance, c’est le Chablais, et sa capitale, Évian-les-Bains. Evian la belle, petite ville pimpante, ancienne station thermale, dont le nom réveille des échos auprès des étrangers qui demandent timidement Evian, comme l’eau… ? Oui, comme l’eau, notre source de vie, si importante autant sous la forme du lac que de l’eau embouteillée après un trajet de centaines d’années dans les montagnes. C’est dans une belle journée ensoleillée à la découverte d’Évian que je vous embarque aujourd’hui !

Les jardins de l’eau du Pré-Curieux

Départ presque matinal sur le ponton en face du casino : embarquement à 10 heures sur l’Agrion, bateau électro-solaire au nom de libellule. J’avais déjà eu la chance de naviguer sur cette embarcation originale, notamment lorsque j’étais correspondante pour le Dauphiné Libéré, le quotidien local, qui m’envoyait couvrir des événements comme une mémorable croisière gourmande où nous avions dégusté les rillettes de féra de Michaël Dumaz, jeune pêcheur évianais… Ah le bon vieux temps…

Avant que je ne parte trop loin dans mes souvenirs, revenons à notre petite croisière. L’Agrion est un petit bateau extrêmement silencieux, propice à la méditation de bon matin, quand le lac est d’huile et que le soleil réchauffe à peine les rives. La ville défile sous nos yeux : les silhouettes Belle Époque du Palais Lumière, de l’hôtel de ville et du Casino… Puis l’église romane… le château Anna de Noailles, mon ancien lycée, classé parmi les plus beaux de France avec son authentique château (qui abritait le réfectoire, de mon temps), son accès direct au lac et ses flots de souvenirs. Les arbres gagnent du terrain, et on approche peu à peu d’une jolie villa au toit savoyard d’un rose terracotta, un ton qui m’évoque l’Italie : en dix minutes reposantes, nous sommes arrivés aux Jardins de Pré-Curieux.

Les Jardins ne se visitent pas librement : on suit la visite guidée sans errer seul dans ce grand terrain, et si les allergiques aux groupes n’y trouveront pas leur compte, je trouve qu’au printemps, quand la foule n’a pas encore envahi la ville, c’est une belle façon de mieux comprendre à la fois la démarche de conservation de la ville et la flore qui nous entoure. Nous étions quatre adultes ce jour-là, autant dire que c’était une visite presque privée ! Après quelques explications sur la Convention de Ramsar pour les zones humides et l’impluvium des eaux d’Evian dans la villa, on passe à ma partie préférée : les jardins. Jardins de l’eau avec les plantes aquatiques. Jardins à la façon d’un monastère, avec des plantes médicinales et comestibles. Jardin sauvage, qui semble laissé à lui-même (mais soigné avec brio par les jardiniers des lieux), avec le fameux ail aux ours et des arbres sublimes, dont un incroyable hêtre pleureur qui ferait une cabane formidable.

La visite dure deux heures, mais passe en un éclair. On part à la rencontre de Nestor le Castor, des foulques, de la menthe d’eau, on en apprend plus sur les plantes invasives, sur les cycles de la forêt et la conservation du lac. On en ressort régénéré par toute cette verdure et sensibilisé aux enjeux qui touchent le Léman et son écosystème.

Il est midi, il est temps de repartir sur l’Agrion. Après tout ce que nous avons appris, notre estomac crie famine, et j’entends bien profiter de mon séjour pour combler le déficit en fromage qui se fait sentir au Canada.

Renseignements : Gavotnaute ou directement au ponton

Tarifs : 7, 20 €/adulte pour une promenade, 12,20 €/adulte pour la promenade et l’entrée au Pré-Curieux. Le bateau solaire est le seul moyen d’accéder au Pré-Curieux

Déjeuner fromager

Histoire de reprendre des forces avant la suite de la journée, nous faisons le plein de calories d’énergie à la brasserie La Rotonde, à deux pas de l’Office du tourisme. Croûte aux champignons et salade de reblochon chaud, que demander de mieux ?

Attention : si tu viens d’un endroit où tout est ouvert tout le temps, gare au choc des cultures : hormis les restaurants, la ville entière prend sa pause déjeuner entre 12 et 14 heures. Profite-en pour faire un long déjeuner ou pour aller faire une sieste dans l’herbe… Ici, on prend son temps !

La visite guidée historique

Il et 14 h 30. Nous entamons une visite guidée historique donnée par une guide du patrimoine. Nous commençons par l’église Notre-Dame de l’Assomption, bien fraîche sous la chaleur printanière. Construite au XIIIe siècle, elle mêle des éléments d’architecture gothique et romane. Nous découvrons ses fresques médiévales, ses « miséricordes » (des demi-bancs pour s’asseoir l’air de rien pendant la messe), son orgue qui nous fait la surprise d’un petit « concert » le temps d’une leçon de musique.

Si vous connaissez Lyon, vous connaissez forcément ses traboules, passages secrets que ne renierait pas Indiana Jones pour passer d’une rue à l’autre. À Evian, on n’a pas de traboules mais on a des « gaffes », selon le même principe. J’en connaissais quelques-unes bien mises en valeur le long de la rue principale, la rue Nationale, mais j’en ai découvert d’autres dans la ville médiévale, avec leurs façades anciennes et leurs fenêtres à remonter le temps.

Nous remontons la Rue nationale, et je lève les yeux pour la première fois : les façades médiévales et Art Nouveau se succèdent, je suis ébahie de ne les avoir jamais remarquées ! La rue fait la transition entre les deux parties de la visite : après la ville médiévale, on passe à la ville Belle Époque, du temps de l’apogée du thermalisme qui a fait la renommée de la ville. Pour cela, un passage est incontournable : direction la source Cachat.

Le nom de cette source ne vous dit peut-être rien, mais sachez qu’on peut y boire de l’eau d’Evian gratuitement, à tout moment : la source coule en permanence, à une température de 11°C toute l’année, et il n’est pas rare d’y voir des riverains remplir leurs bouteilles. Ce n’est pas la seule source d’eau d’Evian accessible à tous mais chut ! Les autres sont un secret à découvrir par vous-même au gré de vos détours dans Evian…

Juste à côté de la source se trouvent le funiculaire gratuit, pour accéder aux hôtels de luxe comme L’Ermitage et Le Royal (un authentique palace), et la buvette Cachat, dont la coupole ne manquera pas de vous attirer. Hélas, l’intérieur n’est pas accessible au public hormis lors des Journées du Patrimoine, mais la rumeur veut que bientôt, on puisse y entrer toute l’année… affaire à suivre ! Ne manquez pas la vue depuis la buvette, mais aussi depuis la Rue Nationale.

En redescendant vers le lac, on pénètre dans une villa immanquable… la villa des frères Lumière, alias l’hôtel de ville. les inventeurs du cinéma avaient en effet une maison secondaire à Evian et on peut en visiter certains salons librement. La guide nous montre le salon doré, aux marqueteries incroyables, l’escalier et sa sculpture de lionne monumentale, sans oublier des peintures d’époque. Les frères Lumière avaient du goût et des moyens, et cela se voit !

Enfin, le Palais lumière, récemment rénové, qui abrite désormais des expositions prestigieuses. La coupole est accessible depuis la bibliothèque, à ne pas manquer ! La visite se conclut ici, devant les immenses bâtiments qui rappellent les plus belles heures d’Evian. Nous avons découvert cette ville d’un autre œil et appris énormément de choses. On devrait tous faire une visite guidée de sa ville natale ou d’adoption pour mieux la connaître ! J’ai aussi énormément de plaisir à découvrir une ville vivante avec plein de nouveautés, qui donne envie de s’y attarder.

Renseignements : office du tourisme d’Evian

Visites guidées de 14 h 30 à 16 le mardi d’avril à septembre, 6 €/adulte

Une pause gourmande après tout ça ?

En été, les marchands de glace sont légion mais je voulais partager avec vous un secret qui n’en est plus vraiment un : le café Comptoir d’Arômes, lieu de passage obligé à chacun de mes retours au pays. Leur carte de thés et cafés ravira les connaisseurs, mais mon péché mignon, ce sont leurs chocolats chauds aromatisés. Ceux au speculoos ou à la châtaigne sont un délice ! La tasse est petite, mais c’est du concentré d’arômes à l’état pur. L’été, les cafés frappés sont excellents, à savourer sur la terrasse.

Comptoir d’arômes 8 Rue du 8 Mai 1945, 74500 Évian-les-Bains

Quelques achats pour finir

Mica Pêche Je ne conseille d’habitude pas de produits à base de chair animale puisque je suis désormais végétarienne, mais je pense que ceux-ci valent le détour, notamment les rillettes de féra (poisson du lac). Vous les trouverez sur le marché devant l’église le mardi et jeudi matin, ou le vendredi et samedi matin à sa boutique

  • Mica Pêche, 1ter avenue Anna de Noailles.

La fromagerie de la Ferme du Noyer, une petite merveille pour ramener les spécialités locales comme l’abondance (mon préféré), du fromage à raclette, du reblochon AOC, du beaufort… Bref que du bon !

  • La ferme du noyer, 76 rue Nationale

Sonia Laden, une illustratrice avec un joli univers décalé, qui mêle bateaux du Léman et personages hauts en couleur

  • Atelier-galerie Sonia Laden, 2 rue nationale

Pour ces deux visites, nous avons été les invités de Gavotnaute sur l’Agrion et de l’Office du tourisme d’Evian pour la visite guidée et les en remercions. Nos opinions restent toutefois les nôtres. Arvi, pâ !

 

Traduction express pour les monchus :

…c’est un pays de montagnes à dévaler droit dans la pente dans la poudreuse en hiver et à gravir à la recherche de fleurs des montagnes en été, toujours à courir sous le soleil. C’est un pays avec une mer intérieure qui se déguise sous les atours bleu foncé d’un lac islandais pendant l’été indien. C’est un pays vert et bleu, où le fromage et le cidre maison coulent à flots, où on se brûle les doigts aux châtaignes grillées en automne, où on tutoie les Alpes avec notre accent qui monte et qui descend, lui aussi, un accent qu’on partageait de nos voisins, cousins et ancêtres suisses. Salut !*

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6 thoughts on “Une journée à Evian-les-Bains, entre lac et histoire

  1. Fabienne C. Berthelot

    quel bel article pour moi qui va passer une semaine à l’Hotel Royal à ‘Évian les Bains dernière de juillet.
    ensuite avec voirure les 2 premières semaines de Septembre à visiter la Savoie..
    Des idées ??? toute information pour un itinéraire serait apprécié.
    Votre article est un pur délice

    1. Audrey

      J’espère que vous apprécierez votre séjour à Evian ! En une semaine les activités ne manquent pas ; je vous invite d’ailleurs à rester dans les parages pour plus de billets sur des activités autour du Léman 🙂
      Pour un itinéraire en Savoie et Haute-Savoie, je ne peux que vous conseiller la route des fromages de Savoie. Par exemple Annecy – Abbaye de Tamié – La Clusaz – Beaufort – Chambéry, avec autant d’arrêts (et de dégustations de fromages !) que vous le souhaitez entre chaque étape ! Fin juillet les alpages seront radieux et vous ne manquerez pas d’idées de balades.

  2. Je ne connais pas du tout Evian ! Je ne pourrais sire pourquoi je pensais que cette ville n’était que des thermes et autres hôtels luxueux, sans gran intérêt pour moi… mais finalement ca à l’air plutôt mignon ! Je m’en souviendrai quand je passerai dans le coin 😉

    1. Audrey

      Hormis trois hôtels de luxe, ce n’est qu’une petite ville comme les autres… à cela près qu’elle a un cadre exceptionnel et un centre-ville charmant ! On qualifie souvent son charme de « désuet » car son âge d’or date de la Belle Époque, mais je trouve qu’elle est en plein renouveau, avec beaucoup plus de « vrais » commerces (pas destinés uniquement aux touristes) que dans mon enfance, comme des bars tendance, des restaus à hamburgés… À découvrir une prochaine fois où tu traverseras le lac !

  3. Euh bah moi c’est la banlieue parisienne donc bon c’est moins poétique (quoi que en cherchant bien ça peut l’être !)
    Très joli ton article !

    1. Audrey

      Ça peut être un défi-blog : faire une chronique sur ta banlieue parisienne avec poésie 😉

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