NOUVEAU-BRUNSWICK // Le week-end de la poisse

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, j’avais envie de revenir sur un week-end qui s’annonçait épique et qui l’a été… à sa façon. Parce que maintenant que mon blog a soufflé sa première bougie, on n’a plus besoin de faire des chichis entre nous. Je sais bien qu’un blog de voyage, c’est là pour vendre du rêve, pour souffler sur les braises de vos envies d’évasion à coups de photos délicieuses et d’anecdotes à faire pâlir de jalousie Sylvain Tesson.

Mais face à ce petit fiasco qu’a été notre long week-end dans le nord de la province, il est temps de lever le voile sur une réalité effarante : oui, les blogueurs de voyage peuvent avoir la poisse comme les autres, et derrière des photos Instagram alléchantes se cache parfois une réalité tout aussi bête que chez le commun des mortels.

Car malgré tous nos efforts, nous ne sommes effectivement que de simples mortels. Bien malheureusement.

J’ai longtemps hésité à en parler, préférant sans doute oublier cette déroute monumentale. Mais dédramatiser les flops en voyage, ça permet aussi de mieux les vivre quand ils surviennent, au lieu de penser qu’on est les derniers des sots. C’est parti !

Ce week-end là, c’était le week-end d’anniversaire de mon cher et tendre, celui où il atteignait le légendaire âge du Christ. Cela explique sans doute la pression qui pesait sur les épaules de ce brave petit week-end qui n’avait rien demandé. Mais si vous faites partie des habitués, vous savez que lorsqu’on part en voyage à deux, on a tendance à avoir une poisse de compétition au niveau de la météo.

Si cela ne vous convainc pas, jugez du palmarès : pluies diluviennes au beau milieu d’une sécheresse à Barcelone en 2008 / typhon à Hong Kong en 2008 / pluies diluviennes à New York en 2011 / deux jours de pluie au milieu d’un tour d’Europe radieux en solo en 2014… les deux jours où Etienne était avec moi, bien sûr.

De là à penser que tel un Vito la Déveine lyonnais, il est suivi en permanence par un nuage noir en forme de tête de mort, il n’y a qu’un pas. Maledizione. (si vous ne connaissez pas cette référence je ne peux plus rien pour vous).

Pour ce week-end, j’avais choisi de lui offrir un week-end d’aventure dont nous rêvions depuis longtemps : canotage et camping, randonnée et grands espaces.

J’avais choisi la Restigouche, dans le nord de la province, qu’on ne connaît que peu. La Restigouche est comme la Miramichi : dotée d’une aura mythique, elle peuple l’imaginaire de la province par ses vallées encaissées et ses eaux vertes. C’est la Mecque du canotage, la destination incontournable pour vivre le rêve canadien à la belle saison : pagayer en eaux tranquilles, savourer la Nature sauvage, croiser un ours peut-être. Baigner dans l’air le plus pur.

Pour baigner, on y a baigné.

Partis confiants dans les eaux turquoise de la Kedgwick, un affluent de la Restigouche trop courue en ce long week-end, nous avons chaviré de la manière la plus misérable qui soit : dans trente centimètre d’eau. Une collision au ralenti avec un tronc d’arbre échoué, une pagayeuse inexpérimentée (moi) qui se penche de côté pour éviter les branches… et c’est tout l’esquif qui prend l’eau.

Le calme avant la tempête le naufrage

Quand je dis tout, c’est tout. Les téléphones. L’appareil photo. Le sac à dos. Mon sweat ultra-épais que j’avais pris pour avoir chaud lors du pique-nique. Le canot, et ce n’est pas une mince affaire que de sortir un canot rempli d’eau qui semblait avoir plus envie de nous fuir, nous marins d’eau douce, pour rentrer tout seul au bercail.

La déroute totale. Trempés comme des rats dans la fraîcheur du mois de juillet canadien. Trois heures restantes avant d’arriver. Souquez, matelots, ça vous réchauffera.

À ce stade de la balade, j’étais encore sèche.

Trois heures à pagayer mouillés, c’est long. On met les muscles en pilote automatique et on ne pense plus qu’à une chose : la chaleur. Etienne pensait peut-être seulement à manger, mais moi, je ne pensais qu’à me glisser dans une douche brûlante, des vêtements secs et chauds, un duvet douillet, un repas chaud au fond de l’estomac. J’ai probablement battu mon record de vitesse sur canot de rivière ce jour-là, à pagayer de toutes mes forces pour en finir. C’est à peine si la vue d’un ours fugace entre les arbres nous tire des exclamations étonnées. Nous voulons en finir. Ah, quelle belle excursion !

Je te passe l’interdiction de faire des feux pour cause de sécheresse, le repas froid qui a suivi, la nuit en camping sous la pluie… Ce doux son mélodieux. Un peu comme une goutte qui tombe du robinet, mais multipliée par mille. Et sans pouvoir fermer le robinet.

Le lendemain, il ne pleut pas. Je suis ragaillardie par le brunch gargantuesque que sert le camping. Rien de tel qu’un estomac plein pour retrouver l’optimisme qu’on a noyé quelque part sur la Kedgwick la veille. C’est sûr, on va faire une belle randonnée. Le Mont Carleton, le colosse des Appalaches, la fameuse vue à dix millions (d’arbres).

Dans le brouillard.

Maledizione.

Quand nous sommes arrivés, Etienne a dû faire un gros travail d’imagination pour « voir » le mont Carleton. Il n’était tout simplement pas là. Noyé dans les brumes, inaccessible au commun des mortels, il se refusait à nous.

Nous n’allions pas faire SIX HEURES de marche dans le brouillard. Le masochisme a ses limites. Nous nous sommes donc rabattus sur un sommet voisin, avec une heure de montée à la clé. Dans l’espoir que le temps se déride et qu’on puisse, au moins, admirer le Mont Carleton de loin.

« Mais qu’est-ce que je fous là ? »

Ne clignez surtout pas des yeux, cette vue va disparaître dans 3… 2… 1…

Comme vous pouvez le voir, ce n’était pas une franche réussite. Nous sommes rentrés au parking avec le moral au fond des chaussettes (peut-être était-ce de l’eau de pluie). J’ai malgré tout insisté pour aller à un point de vue de l’autre côté du lac.

Et là, le brouillard s’est levé. Un canot de randonneurs est passé en chantant. Il ne manquait que des angelots en chemise à carreaux et nous étions au paradis canadien.

J’aurais aimé faire des photos ultra-canons pour transcender cette chronique mais mon appareil photo était toujours en train de rouiller sécher.

Nous avons sorti les chaises pliantes et nous nous sommes installés au bord du lac pour admirer la vue, dans des vêtements secs, avec une friandise, sous un rayon de soleil intermittent. Des fois, en voyage, ça ne veut pas, comme dans la vie. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’arrêter et savourer le moindre rayon de soleil dans un week-end de poisse.

Pour vous donner malgré tout envie de venir

J’insiste bien sur le fait que le problème dans notre excursion, c’était les personnes qui tenaient les pagaies, et en aucun cas le lieu qui est féerique ! Je veux plus que jamais retourner sur la Restigouche jouer le match retour avec le canot, et revoir les dix millions d’arbres du Mont Carleton.

  • Pour un récit plus guilleret d’une sortie de canotage sur la Restigouche, allez voir du coté de chez les Bestjobers Elisa et Max.
  • Voici un récit de mon ascension du mont Carleton, écrit il y a quelques semaines.

Infos pratiques

Arpin Canoe Restigouche : LE lieu pour louer un canot, avec un guide ou en autonomie. Compter 50 $ le canot deux personnes pour une journée, pagaies et gilet de sauvetage compris. L’entreprise nous dépose en amont et il suffit de pagayer jusqu’au camp de base.

Camping Chalets Restigouche : notre emplacement de camping était correct, avec une partie en herbe pour planter la tente, et le reste en gravier pour la voiture. Nous étions bien au calme. Mais la cerise sur le gâteau, c’est le brunch du dimanche. Douze dollars pour le plus beau brunch que j’aie vu de ma vie, très bien garni et avec des pâtisseries à tomber. Bravo !

Et vous, vous avez déjà eu la poisse monumentale en voyage ? J’attends vos anecdotes les plus misérables et croustillantes dans les commentaires !

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4 thoughts on “NOUVEAU-BRUNSWICK // Le week-end de la poisse

  1. Haha, on en a tous eu, des galères de voyage ! Ca me rappelle justement quelques journées québécoises, quand on faisait du camping aux Bergeronnes près du St Laurent et qu’il a plu non stop pendant deux jours. On était sous la tente, le camping n’avait pas l’ombre d’un brunch ni d’une cafet, c’était loooong ! On a écumé tous les centres d’interprétation du coin (je suis une spécialiste de la faune sous-marine locale maintenant), on s’est retrouvé à une conférence d’une auteure amérindienne (après laquelle ils offraient une soupe chaude) et ça s’est fini par des bières à la salle de quilles avant de rentrer sous la tente alors qu’il pleuvait encore et toujours… Mais ça fait les meilleurs anecdotes à raconter !

    1. Audrey

      Heureusement que ce n’était que deux jours et pas le séjour entier ! Mieux vaut en rire même si sur le moment on a surtout envie de rentrer au chaud chez soi et/ou d’étrangler la personne qui a eu la bonne idée de camper (en l’occurrence, c’est souvent moi, cette personne que les autres ont envie d’étrangler).

  2. Ohlala tu m’as fait hurler de rire… mais je compatis intensément.
    Je fais beaucoup de kayak et j’ai une règle d’or : tout ce qui est susceptible de se mouiller et ne doit pas l’être va dans un tonneau hermétique étanche qui n’est ouvert qu’à l’arrêt. Je ne garde avec moi que mon olympus étanche. Je suis navrée de vos malheurs !!

    1. Audrey

      Pour la prochaine saison de canot, je vais sûrement investir dans un boîtier étanche pour mon appareil photo et surtout suivre ton conseil sur le tonneau. Heureusement qu’on n’était pas partis pour un week-end complet de canot, car tout y est passé. Une bonne leçon pour les débutants que nous sommes, on ne risque pas de l’oublier !

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